"Les Olympiades": L’amour au temps du numérique selon Audiard

Troisième et dernier film en Compétition à Cannes ce mercredi, le neuvième long métrage de Jacques Audiard est aussi celui qui sonne le plus juste dans sa description de la jeunesse d'aujourd'hui.

"Les Olympiades": L’amour au temps du numérique selon Audiard
©Cinéart
Hubert Heyrendt, à Cannes

Jacques Audiard fait partie, avec Apichatpong Weerasethakul et Nanni Moretti, des réalisateurs de cette 74e Compétition cannoise qui peuvent rêver d’une seconde Palme d’or, après celle reçue en 2015 pour Deephan. Son nouveau film Les Olympiades ne possède pas la même dimension tragique. Co-écrit avec deux réalisatrices, Céline Sciamma et Léa Mysius, d’après trois histoires du recueil de BD Les Intrus de l’Américain Adrian Tomine, le 9e long métrage du cinéaste est a priori plus léger, décrivant avec élégance et subtilité la vie amoureuse en ce début de XXIe siècle.

L’intrigue a été déplacée à Paris, dans le nouveau quartier des Olympiades, dans le 13e arrondissement. Un quartier à forme minorité chinoise - où l’on retrouve le goût d’Audiard pour la description des Asiatiques à Paris, déjà présent dans Deephan, mais aussi De battre mon coeur s’est arrêté en 2005. Le film s’ouvre d’ailleurs sur le personnage d’Émilie (Lucie Zhang), jeune diplômée en Sciences Po d’origine chinoise bossant dans un call-center, où elle vend à la chaîne des abonnements téléphoniques. Habitant l’appartement de sa grand-mère, placée en maison de repos, elle se cherche une nouvelle colocataire. Sauf que, lorsqu’elle lui ouvre la porte, elle découvre que Camille n’est pas une fille mais un jeune professeur de lettres black (Makita Samba). Entre les deux, c’est immédiatement fusionnel au lit, même si le jeune homme refuse de tomber amoureux.

En parallèle, on suit l’histoire de Nora (Noémie Merlant). Tout juste débarquée de Bordeaux pour reprendre des études de Droit à Tolbiac, elle se retrouve victime de harcèlement sur les réseaux sociaux quand on la confond avec une cam-girl à succès, Amber Sweet campée par Jehnny Beth, jeune chanteuse ayant notamment collaboré avec le groupe Rone, qui signe la formidable bande-originale du film…

"Les Olympiades": L’amour au temps du numérique selon Audiard
©Cinéart

Le romantisme réinventé

Où en sont l’amour, le romantisme et la sexualité à l’heure d’Internet, des applications de rencontre et du questionnement sur le genre ? Telle est la question que pose, avec beaucoup d’élégance Jacques Audiard dans Les Olympiades.

Après le western humaniste anglophone Les Frères Sisters en 2018, le cinéaste renoue avec bonheur avec la veine contemporaine de son cinéma. Tourné dans un noir et blanc délicat, rythmé par de formidables dialogues, le film capte avec une grande justesse des moments de vie, pour décrire le quotidien d’une jeunesse qui a déjà renoncé aux valeurs de ses aînés, que ce soit par rapport au travail ou au couple. Audiard le fait avec une grande sensualité, teintée d’érotisme, mettant en scène des jeunes gens à la recherche du plaisir sans conséquence (et sans jugement), pour mieux cacher, peut-être, leur criant besoin de relations plus profondes. Car ce qui frappe avant tout ici, c’est en effet la solitude de personnages qui ne sont pourtant quasiment jamais seuls…

À côté de Noémie Merlant (révélée dans Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, dont on sent d’ailleurs clairement la patte dans l’évolution de son personnage), on découvre deux jeunes acteurs formidables dans leurs premiers grands rôles au cinéma : Lucie Zhang et Makita Samba (déjà vu chez Téchiné dans Nos années folles ou Michael Hanneke dans Happy End). Deux comédiens éclatants de naturel, qui offrent leur jeunesse à un film signé par un jeune réalisateur de 69 ans… Un film qui, derrière sa modestie et sa légèreté, dresse un magnifique portrait de la jeunesse d’aujourd’hui.

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