Virginie Efira, superstar à Cannes : "Avant, j'avais l'impression que les gens se demandaient ce que la dinde de la télé venait faire là"
La comédienne franco-belge est à l'affiche de deux films en Compétition : "Histoires parallèles" de l'Iranien Asghar Farhadi, qui sort ce vendredi en salles, et "Soudain" du Japonais Ryûsuke Hamaguchi.

- Publié le 15-05-2026 à 10h31
- Mis à jour le 15-05-2026 à 12h18

Cette année, Virginie Efira sera montée à deux reprises les plus célèbres marches au monde, pour dévoiler deux films en Compétition du 79e Festival de Cannes. Jeudi soir, elle accompagnait l'Iranien Asghar Farhadi, Isabelle Huppert, Vincent Cassel et Pierre Niney pour défendre Histoires parallèles, qui sortait le lendemain sur nos écrans. Ce vendredi, elle défendait à Cannes Soudain du Japonais Ryûsuke Hamaguchi.
Un sacré parcours pour la Bruxelloise, bien loin de ses débuts au petit écran. Quand, en 1998, la pimpante jeune fille présentait l'émission pour ados Mégamix sur Club RTL… À l'époque, elle ne rêvait pas d'un tel parcours ! "J'avais déjà perdu mon grand désir d'enfance et il fallait que je m'en trouve un nouveau. Ça me fait penser à l'importance de ce que les gens écrivent, même quand ce ne sont pas des choses chouettes. Ça agit toujours sur moi. À l'époque de Mégamix, j'essayais de mettre de l'humour, du second degré dans ce truc très carré. Je me souviens d'un journaliste avait écrit que j'arrivais à faire cela 'dans ce grand rien'. Je me souviens encore de sa formulation… Pour avancer, il faut quand même quelques regards légitimants… Sinon, non, je pensais être perdue pour la cause. Je voulais jouer, mais je me disais : 'T'es trop nulle, tu ne peux pas le faire. Tu vas donc chérir ton présent dans ce que t'es en train de faire.' J'ai réussi à le faire dans Mégamix et les émissions que j'ai présentées après, en trouvant des gens qui sont toujours là. Je suis toujours amie avec Eusebio Larrea et Eddy Duhoux, avec qui j'ai fêté mon anniversaire la semaine dernière", nous confiait, jeudi en fin d'après-midi, l'actrice franco-belge, qui vient de souffler 49 bougies.

Une actrice née à Cannes
Virginie Efira est un peu chez elle sur la Croisette. C'est ici qu'elle est parvenue à se défaire de son image de jolie blonde du petit écran (sur RTL, puis M6 et Canal +) pour s'imposer comme une "vraie" actrice, à l'affiche, à la Semaine de la Critique en 2016, de Victoria de Justine Triet, avec une première nomination au César à la clé. Trois ans plus tard la réalisatrice française (future Palme d'or pour Anatomie d'une chute) lui offrira le rôle de Sybil, également dévoilé à Cannes.
"À Cannes, c'est intéressant la manière dont on est vu, perçu, ce qu'on écrit sur toi. Je crois réellement que c'est une réalité alternative. Avant, j'avais toujours l'impression que les gens se demandaient ce que la dinde de la télé venait faire là. Pour me sauver, je me disais : 'Ce n'est pas la vérité. C'est une vérité, la leur, et ils ont le droit de l'avoir.' Mais du coup, quand, tout d'un coup, je suis passée de la dinde à Gena Rowlands, je savais que ce n'était pas vrai non plus… Il faut prendre de la distance. Et ça, je crois que ça vient de la Belgique…", estime Efira. Qui se souvient être venue à Cannes à 15 ans, en essayant de rentrer dans les soirées en montrant trois articles de Télémoustique en disant : "Regardez, je fais des trucs…" "On me disait non. Mais la période humiliante n'était pas forcément nulle en fait… Mais je sais que quand je suis venue pour Victoria, le fait que ça avait touché quelque chose d'aussi intime en moi, le fait d'avoir travaillé avec Justine et de voir que c'était suivi par les gens, c'était vraiment joyeux."

Construire une carrière
Depuis, Efira est revenue à Cannes quasiment chaque année, marquant les esprits en Benedetta pour Paul Verhoeven en 2021, à l'affiche de Revoir Paris d'Alice Winocour en 2022, de L'Amour et les Forêts de Valérie Donzelli en 2023 ou de Vie privée de Rebecca Zlotowski l'année dernière. Mais aussi, consécration suprême, en tant que maîtresse des cérémonies en 2022.
Cette carrière, Virginie Efira y a travaillé, avec la modestie et la franchise qui la caractérisent. "Ce n'est pas à la bonne franquette : je lis un peu, je sors un peu…, rigole-t-elle. C'est peut-être même là que se trouve le plus gros du travail. C'est quoi bien jouer, mal jouer ? Par contre, choisir les gens avec qui tu travailles, arriver à porter du respect à chacun, à lire les choses en temps et en heure, à donner un retour. Réussir à dire non aussi, surtout quand tu commences assez tard, ce qui est mon cas."
Travailler avec deux immenses cinéastes comme Farhadi et Hamaguchi a passionné Virginie Efira. "Avec l'un et l'autre, on se défait complètement d'un cinéma assez dominant en France, que j'ai beaucoup pratiqué et que j'aime, qui est le naturalisme social. Là, on a d'autres grilles de lecture, d'autres regards", se réjouit l'actrice.
Si elle se dit métamorphosée par le tournage avec le cinéaste japonais, celui avec Farhadi l'a quelque peu déstabilisée. "Je ne m'attendais pas à ce degré-là de précision, avoue-t-elle. Franchement, c'est compliqué, parce qu'il sait déjà exactement les mouvements qu'il veut que tu fasses, à quel moment tu dois prendre le verre… Tout est extrêmement chorégraphié. Au départ, j'avais l'impression de jouer à Je vais au marché : OK, je dois retenir, ça, ça, ça et ça. Après, il faut que je fasse comme ci, comme ça… Il faut passer cette étape assez rapidement pour s'investir dans l'ici et maintenant. Après, quand j'ai vu le film, je me suis dit, j'ai compris que sa mise en scène englobait tout. Et ce n'est pas grave, parfois, d'être un instrument de ça."

Aller chercher un César comme un café
Si elle concourt cette année deux fois au prix d'interprétation, Virginie Efira refuse de rêver le décrocher. "Ce n'est pas à qui a couru le plus vite ? Elle a fait 3 min 12… Et puis, j'ai participé à un jury à Venise. Ce n'est pas les César, où il y a plein de votants. Un jury, c'est huit personnes. Ça peut partir dans tous les sens. C'est impalpable…", explique l'actrice.
Le fait d'avoir eu plusieurs nominations, six je crois, ça ne veut pas dire que je suis bien, mais que j'ai eu la chance d'avoir des bons rôles.
Qui garde la tête sur les épaules, en se souvenant de sa réaction quand, en 2023, elle a enfin décroché son premier César pour Revoir Paris… "Je suis restée très Belge quand je l'ai reçu. On m'a dit : 'T'as été cherché ton César, comme si tu étais allée chercher un espresso.' J'ai dit : 'Oh c'est chouette…' C'est le désavantage de la distance… Quand j'ai eu la première nomination, je me suis dit : 'Je croyais que le passif télé allait être un boulet. Ah non, tiens, en fait tu peux rentrer dans le truc. Sympa les gars…' Après, le fait d'avoir eu plusieurs nominations, six je crois, ça ne veut pas dire que je suis bien, mais que j'ai eu la chance d'avoir des bons rôles. Parce que, franchement, un acteur, ce n'est pas grand-chose s'il n'est pas face avec des choses bien écrites, avec quelqu'un qui a une idée de l'image et du texte…", conclut la comédienne, au sourire toujours aussi rayonnant et dont la modestie et le naturel ne semblent pas du tout feints…
