Anamaria Vartolomei, la nouvelle star française
Depuis mercredi, la jeune comédienne révélée par "L'Événement" d'Audrey Diwan est éblouissante dans "L'Intérêt d'Adam" de la Belge Laura Wandel. Avant d'être à l'affiche de la série "Merteuil".

- Publié le 15-10-2025 à 17h26
- Mis à jour le 17-10-2025 à 11h32

Le 9 octobre dernier, Anamaria Vartolomei aurait dû être l'invitée du 52e Festival de Gand pour la première belge de L'Intérêt d'Adam***, sorti mercredi en salles. Malade, elle a dû annuler sa venue. C'est donc par téléphone qu'on a pu échanger avec la jeune actrice qui monte, du cinéma français et international. Sans malheureusement pouvoir se plonger dans ses grands yeux bleus. Ceux-là mêmes qui ont donné envie à Laura Wandel de la choisir pour son second long métrage. "Je n'ai jamais vu un regard pareil. Elle a un truc dans ses yeux, indescriptible", nous confiait la jeune cinéaste belge la veille.
Après avoir vu Un monde, le premier film de Wandel qu'elle a "adoré", Anamaria Vartolomei a tout de suite accepté le rôle douloureux de Rebecca face à Léa Drucker en infirmière en chef d'un service pédiatrique hospitalier. Celui d'une mère responsable, sans s'en rendre compte, de la malnutrition grave de son jeune garçon de 4 ans qui a conduit celui-ci à être hospitalisé.
Cette femme, la jeune comédienne franco-roumaine de 26 ans n'a pas complètement réussi à la comprendre. "Rebecca est prise par surprise. Et en même temps, on sent que, petit à petit, cet hôpital devient un refuge ; elle ne veut plus le quitter. On sent qu'elle a besoin de ce cadre hospitalier pour survivre. Ce qui m'a plu, c'est que je ne sais pas vraiment à quel moment s'opère cette bascule. Je ne sais pas vraiment pourquoi elle finit par faire confiance au personnage de Léa. Est-ce l'enfant qui s'accroche à elle ou est-ce elle qui s'accroche à l'enfant ? Autant de questionnements auxquels je n'ai toujours pas la réponse…"
Un tournage intense
Thriller hospitalier d'une grande intensité — le film ne dure qu'1h18 —, L'Intérêt d'Adam est construit sur une série de plans-séquences qui suivent à la trace les deux personnages dans les couloirs de l'hôpital. "Ça a été un tournage intense. C'est assez éprouvant pour l'équipe technique et pour nous les acteurs, parce qu'il y a cette grammaire du plan séquence. […] Il fallait qu'on soit tous au rendez-vous, qu'on soit tous synchrones, avec une écoute particulière. On est tout le temps en action, en mouvement. On ne sait jamais vraiment quand la caméra va se poser sur nous. On est beaucoup plus investi que quand il y a plus de découpage. C'était presque comme pour une pièce de théâtre…", réfléchit la comédienne. Qui explique que le fait de travailler avec un jeune enfant (Jules Delsart) l'a aussi poussée à être à l'écoute de ses réactions, qui ne sont pas celle d'un acteur.
La véracité qui se dégage de L'Intérêt d'Adam tient aussi au fait que Laura Wandel a tourné dans un vrai hôpital, à Huy, avec de vrais soignants. "On avait un espace aménagé pour les besoins du tournage, mais l'hôpital continuait de vivre à côté. C'est vrai qu'un hôpital apporte immédiatement une certaine pesanteur, qui nous a permis de nous immerger au mieux dans ce milieu. Entendre par exemple les bruits dans les couloirs d'à côté, la vie de l'hôpital avec les infirmiers qui se déplacent, qui travaillent avec les patients qui ont besoin d'aide… Cela nous plongeait dans quelque chose de plus réel. Ça n'a été que bénéfique", estime l'actrice.

"L'Événement", le tournant
Comme le petit Jules Delsart, Anamaria Vartolomei a commencé le cinéma très tôt, à 10 ans, face à Isabelle Huppert dans My Little Princess d'Eva Ionesco en 2011. Un film inspiré de l'enfance de la réalisatrice auprès de sa mère Irina Ionesco, photographe qui a érotisé son corps de petite fille. "Je ne conscientisais absolument pas ce qui m'arrivait. Pour moi, c'était un jeu et ça s'arrêtait là. C'est vraiment à la fin du tournage où je me suis dit : C'était génial, j'ai envie de continuer ! Et Dieu merci ça a marché…"
C'est avec Eva Ionesco que tout a commencé et que c'est avec Audrey Diwan que tout a recommencé.
On a ensuite revu la jeune fille dans des films comme Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf, L'Idéal de Frédéric Beigbeder, Éternité de Trần Anh Hùng, L'Échange des princesses de Marc Dugain ou encore La Bonne Épouse de Martin Provost. Mais c'est L'Événement, adaptation par Audrey Diwan du roman d'Annie Ernaux traitant de l'avortement clandestin dans la France des années 1960, qui va tout changer. En décrochant le Lion d'or à la Mostra de Venise en 2021, le film révèle aux yeux du monde l'immense talent d'Anamaria Vartolomei et lui permet de décrocher l'année suivante le César de la révélation féminine.
"Je me dis souvent que c'est avec Eva Ionesco que tout a commencé et que c'est avec Audrey Diwan que tout a recommencé. On a tous besoin, en tant qu'acteur, d'un rôle décisionnaire. L'Évènement, cela a été la rencontre avec Audrey, mais aussi avec Annie Ernaux, qui a été très marquante pour moi en tant que jeune femme. Cela a ensuite guidé mes choix vers des personnages assez troubles, vulnérables, mais qui ont un désir de liberté et d'émancipation très fort. Je bénéficie énormément de l'audace et du courage d'Annie Ernaux", confie la comédienne. Qui dit avoir été "profondément changée", en tant que femme, par ses lectures du Prix Nobel de littérature 2022.

Une sensibilité féministe
L'année dernière, Vartolomei a ainsi incarné Maria Schneider, martyrisée par Bertolucci et Brando sur le tournage du Dernier Tango à Paris, dans Maria de Jessica Palud. À nouveau un film au propos féministe fort. "Aujourd'hui, on demande beaucoup aux acteurs de s'exprimer sur des sujets politiques. Ce n'est pas forcément notre rôle, commente la jeune femme. Mais j'aime le faire à travers mes films. Si mes films présentent une certaine inclination vers le féminisme ou l'engagement envers les droits des femmes, ça me convient très bien. C'est ce que je suis dans la vie. Je suis donc contente de pouvoir l'exprimer à l'écran."
Depuis Maria, on a revu Anamaria Vartolomei à l'affiche du Comte de Monte-Cristo, carton au box-office, mais aussi à Hollywood, aux côtés de Robert Pattinson dans Mickey 17 du Sud-Coréen Bong Joon-ho. Tandis que l'année prochaine, elle jouera Juliette Greco face Miles Davis (campé par le britannique Damson Idris, vu récemment dans F1) dans la romance Miles & Juliette. "C'est un rêve de pouvoir à la fois jongler entre des choses plus indépendantes et des choses qui sont plus vues par le public, parce que c'est bien beau de présenter des films dans des salles, mais si les salles sont vides, ça n'a pas grand intérêt. Les deux sont essentiels", estime celle qui est également l'un des visages de la marque Chanel.
Vartolomei se dit également très attirée par le cinéma roumain. Elle souhaiterait en effet s'exprimer à nouveau dans sa langue maternelle pour Cristian Mungiu (scénariste et producteur du récent Traffic de Teodora Ana Mihai, dans laquelle elle jouait en roumain), mais aussi avec Emanuel Pârvu (Trois kilomètres jusqu'à la fin du monde). "C'est un cinéma qui me parle. C'est un cinéma que je trouve dur. Mais c'est tout ce que j'aime: la difficulté…", lâche celle que l'on retrouvera dès le 14 novembre sur HBOMax dans le rôle-titre de la série Merteuil de Jessica Palud. "Une adaptation très moderne, très audacieuse" des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, promet l'actrice.
