Tomasz Ritter, Premier prix du Concours de Bruges
La légendaire compétition était dédiée au pianoforte, avec l'Ensemble Wolf.
- Publié le 09-08-2024 à 17h34

Depuis 1964, c'est la caisse de résonance de tous les futurs grands noms du clavecin, du pianoforte et de la musique baroque, le MACompetition 2024 (MA comme Musica Antiqua) a tenu sa finale jeudi, au Concertgebouw de Bruges, dans le cadre du MAFestival. Cinq finalistes s'y sont présentés, au terme d'une demi-finale ayant sélectionné douze candidats parmi des dizaines, venus du monde entier. Présidé par notre compatriote Korneel Benolet, le jury rassemblait des artistes internationaux de premier plan, Kristian Bezuidenhout, Olga Pashchenko, Anthony Romaniuk et Petra Somlai.
Mystères et joies du pianoforte
Il en va du pianoforte comme de ces disciplines olympiques confidentielles rassemblant soudain une foule de passionnés autour d'un art mystérieux et jouissif. À l'aune de la musique ancienne, le Concertgebouw de Bruges faisait office de Stade France, avec, sur le terrain, trois instruments offerts au choix des finalistes : un Conrad Graf de 1833 (qui sera utilisé pour Schubert), une copie Chris Maene d'un Walter de 1798 (le chouchou des finalistes) et un Broadwood de 1812, favorable à la virtuosité beethovénienne. Chaque prestation comportait une œuvre pour pianoforte seul et un quintette avec instrument à vents, signé Mozart (K. 452) ou Beethoven (op. 16), avec l'Ensemble Wolf (cinq quintettes en un soir, une prouesse).
Premier à se présenter, l'Italien Federico Ercoli (1995) cultive l'engagement autant que l'extravagance dans la Fantasia op. 77 de Beethoven, révélant son goût pour la couleur, le geste, la pure joie sonore, au détriment flagrant du rythme et de la construction, ce qui lui vaudra quelques sorties de route dans le Quintette de Mozart (Mention).
Tout à l'opposé, la Canadienne ( ? comme au Reine Elisabeth, et contrairement aux JO, les nationalités ne sont pas officiellement communiquées) Charlotte Tang (1993) se révèle à la fois stable et expressive, fine chambriste dans le Quintette de Beethoven, mais moins inspirée dans l'Andante de la D. 894 de Schubert (Mention).
Coup de cœur pour le Polonais Tomasz Ritter (1995), qui a choisi le modeste Walter pour la Fantaisie en do mineur de Mozart, admirable de maîtrise, de raffinement et d'émotion, et le grand Broadwood pour le Quintette de Beethoven donné en osmose sonore et artistique avec les Wolf (Premier Prix et Prix Outhere).
Cadet de la bande, le Thaïlandais Aruth Masrangsan (2000) raffole des effets spectaculaires mais avec fraîcheur et maîtrise. Le jeu est percussif, décontracté, bourré de trouvailles, dans l'op.10/2 de Beethoven comme dans le Quintette de Mozart, et la précision, infaillible (Deuxième Prix).
Enfin, le Hongrois Dávid Szilasi (1997) se révéla d'une maturité et d'une créativité exceptionnelles, porté par une sorte d'explosivité dans le geste et une agogique irrésistible. Dans Mozart, les Wolf sont presque morts mais David les relance ; ses Variations en do (Beethoven) sont fabuleuses (Troisième prix et Prix du public).