Bruxelles mise sur "la qualité architecturale"
Premier face-à-face entre Rudi Vervoort et le nouveau "bouwmeester". Rencontre.
- Publié le 12-12-2014 à 20h14

La Région bruxelloise est face à des enjeux énormes en matière de mobilité, de logements, de "réindustrialisation", de qualité architecturale. Dans ce cadre, le choix d'un nouveau "bouwmeester" (maître architecte) qui succède à Olivier Bastin est capital. Et Rudi Vervoort, le ministre-Président (PS) de la Région, l'a souligné en présentant Kristiaan Borret, vendredi matin, à quelques journalistes.
Rudi Vervoort a d'emblée situé ce choix : "Il s'agit de mettre en avant l'enjeu de la qualité architecturale dans la ville, de discuter de la place de l'architecture, de dépasser le traumatisme à l'égard de l'architecture qui demeure encore (les suites de la 'bruxellisation'). Nous avons choisi quelqu'un qui continuera le travail d'Olivier Bastin, le premier 'bouwmeester', et qui puisse développer une véritable vision urbaine".
Preuve de cet intérêt, les obstacles découverts par Olivier Bastin seront en partie levés : Kristiaan Borret sera entouré de davantage de collaborateurs (le budget de la cellule "Bouwmeester" passe de 590 000 à un million d'euros par an). "Et on essaiera de lever les freins intermédiaires administratifs dont a souffert parfois Olivier Bastin", promet Vervoort.
Les tours
Kristiaan Borret a fait office de "bouwmeester" à Anvers jusqu'au printemps dernier. "De mon expérience anversoise, dit-il, j'ai vu qu'il fallait démontrer l'utilité du poste et montrer qu'il ne ralentit rien. Une utilité qui se démontre le plus tôt possible en guidant les projets vers plus de qualité".
Son action est soutenue par le gouvernement qui affirme qu'on ne "transigera plus sur la qualité architecturale d'un projet".
Mais qu'est-ce que la qualité ? "Elle ne peut se définir de manière universelle, explique le nouveau "bouwmeester", tout dépend du contexte. Un exemple : parfois, la tour en verre peut être une bonne idée, parfois, non. Il faut densifier davantage la ville, y ramener des emplois industriels, mais des bâtiments à sept étages sont souvent l'optimum. La question de la qualité dépasse la question de l'esthétique et touche aussi à la fonctionnalité d'un projet, à sa durabilité. Et le choix implique un débat dont la mise sur pied de jurys pour aider à la décision est une étape importante. Avec une participation des riverains en amont du processus".
Le passage à l'acte
Faut-il dans une ville qui reste trop souvent frileuse à l'égard de l'architecture contemporaine, construire des bâtiments "iconiques" qui deviendraient des repères dans la ville ?
"La seule finalité d'un bâtiment ne peut être de devenir une icone, répond Kristiaan Borret, mais un bâtiment peut avoir cette fonction iconique dans le cadre d'un projet plus large de développement. Je pense d'abord à la zone du canal, un enjeu très important pour l'avenir de la région et sur lequel j'espère pouvoir agir durant les cinq ans de mon mandat".
On a parlé de construire un bâtiment iconique à la porte de Ninove ou de faire du magasin Citroën un musée d'Art moderne. "Cela peut avoir tout son sens à la porte de Ninove où on créera aussi un parc, et cela a un sens aussi de faire quelque chose du Citroën. Je ne crois pas qu'il faille mettre le musée d'Art moderne dans le parc du Cinquantenaire. Il aurait son sens dans un quartier en pleine rénovation comme le canal. Mais je ne me prononce pas plus avant."
Convaincre
Si son action est obligatoire pour les bâtiments appartenant à la Région, pour les autres, privés comme publics, il doit convaincre de son utilité pour obtenir une meilleure architecture. Il voit son rôle d'abord comme celui d'un homme qui puisse faire la navette entre les idées "qui ne manquent pas" et la réalisation. Il parle de la nécessité d'un "passage à l'acte" : "Il existe à Bruxelles une trop grande distance souvent entre les plans, les idées et la réalisation concrète. Il y a beaucoup d'ambitions pour Bruxelles, mais qui n'aboutissent pas".
Il veut continuer le travail d'Olivier Bastin et y impliquer d'autres maîtres d'ouvrage : la Stib, d'autres communes, les logements sociaux, et même la Commission européenne qui occupe une si grande place à Bruxelles.
On sait que pour faciliter ces défis, la Région va supprimer la nécessité de l'avis conforme (contraignant) de la Commission royale des monuments et sites, qualifié parfois de "dogmatique", "mais, souligne Vervoort, il y aura des freins. Pour passer outre à un avis, il faudra une majorité au sein du comité de concertation".