Quel rôle joue le blé, l'autre arme géopolitique de la Russie, dans le conflit en Ukraine ?
Le prix du blé est à la hausse à cause du conflit en Ukraine. La ressource représente un autre élément stratégique pour la Russie, même si l'Europe reste une puissance agricole solide.

- Publié le 24-02-2022 à 18h30
- Mis à jour le 15-07-2022 à 09h51

Le gaz russe est sur le devant de la scène dans la crise ukrainienne, alors que la Russie a envoyé ses troupes dans l'est du pays et augmente la pression. Mais le blé est également une ressource stratégique pour le pays.
La Russie, redevenue premier exportateur mondial de blé en 2020 (le premier producteur reste la Chine), et l'Ukraine, qui oscille entre la 4e et 7e place selon les années, représentent près du tiers des exportations totales. Et alors que les récoltes russes de 2021-2022 devraient chuter à 72,5 millions de tonnes contre 80 millions habituellement (selon les chiffres avancés par le ministère de l'agriculture américain), la production ukrainienne devrait quant à elle rester stable, aux alentours de 30 millions de tonnes. La Russie, en s'immisçant dans les régions de Donetsk et Louhansk, pourrait dès lors prendre le contrôle d'une partie de ces exportations.
La majeure partie du blé ukrainien produit à l'Est
"40 % de la production de blé se réalisent dans les Oblast de l'est du pays avec 8 % pour les indépendantistes de Louhansk et du Donetsk (où se situe le port de Marioupol", déclare sur Twitter Sébastien Abis, chercheur associé à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). " À noter que l'Ukraine réalise 4 % de la production mondiale de blé mais assure 12 % de l'exportation mondiale de cette céréale. L'Égypte et l'Indonésie sont ses deux premiers acheteurs ", précise-t-il.
Quelque 8 %, cela ne semble peut-être pas suffisant pour changer la donne mais selon Sébastien Abis, la Russie utilise le blé comme arme géopolitique depuis des décennies. Ce qui lui permet d'avoir un rôle international et détenir une clé de l'alimentation mondiale, alors que sur la planète, "une calorie consommée sur deux vient des céréales " et que le blé est la principale, commentait-il dans Les Échos à la mi-février.
Le rôle de la Chine
Néanmoins, les représailles de cette action militaire pourraient limiter les bénéfices de cette emprise sur le blé ukrainien, en cas de sanctions commerciales, voire d'arrêt des échanges. Si la Russie veut tenir le coup financièrement, elle a besoin de faire rentrer des devises, en particulier en cas de conflit armé qui se prolongerait. Son partenaire chinois pourrait l'aider à écouler ses stocks en échange de paiements en espèces sonnantes et trébuchantes mais ses besoins, de par sa production propre déjà énorme, restent très limités. Cependant, affaiblir l'Occident via des accords avec la Russie, alors que les tensions commerciales et militaires entre Pékin et Washington s'accentuent, est une option pour la Chine.
Enfin, trouver d'autres pays prêts à acheter du blé sans craindre des sanctions de la part des pays Occidentaux n'est pas non plus impossible pour la Russie.
Quoi qu'il en soit, le prix du blé sur le marché européen (Euronext) est à la hausse depuis plusieurs jours, tournant aux alentours de 280 euros la tonne pour les contrats à échéance en mars et a même atteint un pic à 344 euros la tonne vers 14h10. Ce qui pourrait pousser encore l'inflation à la hausse.