Pierre-Frédéric Nyst (UCM) : "C'est un accord équilibré vu la faible marge de manœuvre du gouvernement. Chacun va devoir faire des efforts !"
Le président de l'Union des Classes Moyennes est globalement soulagé de la teneur de l'accord de gouvernement. Mais pointe quelques déceptions comme la taxation des plus-values et la généralisation du travail du dimanche.

- Publié le 01-02-2025 à 15h23
- Mis à jour le 01-02-2025 à 17h15

Comment le monde patronal décrypte-t-il l'accord de gouvernement ? Les différents acteurs sont encore en train de d'analyser le contenu précis des mesures annoncées. Mais un certain soulagement est visiblement de mise.
"Le fait qu'un accord soit enfin intervenu après 236 jours est un grand pas en avant. Le monde de l'entreprise et des indépendants avait besoin d'être rassuré et l'absence de cadre était génératrice d'inquiétudes tant du côté des indépendants, des PME que des grandes entreprises", note Pierre-Frédéric Nyst, président de l'Union des Classes Moyennes (UCM). Et d'ajouter : "En première lecture du document du formateur, il s'agit pour nous d'un accord globalement équilibré. Il est évidemment différent de celui qui aurait pu être obtenu il y a quelques mois. On l'a vu notamment avec le point très sensible de la taxation des plus-values. Mais c'est un accord où tout le monde devra y mettre du sien : les travailleurs, les indépendants, les PME, les plus grandes entreprises… Chacun devra faire des efforts", enchaîne-t-il.
Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte que celui dans lequel Guy Verhofstadt avait dû créer un gouvernement en partageant à l'époque ce que l'on appelait les fruits de la croissance".
Et de poursuivre son analyse : "Il y avait très peu de marges de manœuvre pour le gouvernement, confronté au défi climatique, au vieillissement de la population, à la problématique de la sécurité d'approvisionnement, à la situation budgétaire du pays… Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte que celui dans lequel Guy Verhofstadt avait dû créer un gouvernement en partageant à l'époque ce que l'on appelait les fruits de la croissance. À l'époque, nous avions des problèmes de riches…".
Pour Pierre-Frédéric Nyst, dans un contexte donc particulièrement délicat, les partis de la majorité ont adopté une attitude globalement "audacieuse et responsable". "C'est notamment le cas en partant du leitmotiv qu'il fallait tout miser sur l'emploi avec l'objectif d'augmenter le nombre de gens qui travaillent dans notre pays et en faisant une distinction plus nette entre ceux qui travaillent et ceux qui sont inactifs. En faisant aussi appel à une responsabilité collective pour une remise à l'emploi des malades de longue durée. Enfin, ce gouvernement a aussi bien compris que la hausse du taux d'emploi passera par la stimulation et la valorisation de l'emploi des indépendants", ajoute encore le président de l'UCM.
Désormais, un patron qui revend sa société 5 millions d'euros paiera 200 000 euros de taxes."
Pour le représentant patronal, l'Arizona a globalement bien abordé l'enjeu de la compétitivité. "Nous sommes ravis que les spécificités des PME, celles de moins de 50 personnes, ont été bien prises en compte et défendues, ainsi que le statut des indépendants, notamment via la revitalisation du statut social des indépendants à titre complémentaire. Autre point positif pour nous : la revalorisation des pensions des indépendants via le calcul des périodes assimilées. Cela va dans la bonne direction", explique-t-il.
Des points de déception ? Pierre-Frédéric Nyst pointe, sans surprise, la taxation sur les plus-values, appelée "contribution générale de solidarité". "À l'UCM, nous avons toujours fait la distinction entre le spéculateur qui achète une action le lundi et la revend le mercredi et un chef d'entreprise qui revend ou transmet son entreprise à 65 ans, en réalisant au passage une plus-value sur le fruit du travail d'une vie. Désormais, un patron qui revend sa société 5 millions d'euros paiera 200 000 euros de taxes. C'est une déception avec laquelle on peut vivre et nous prenons acte de la fin de cette exonération d'une plus-value acquise en bon père de famille", explique-t-il encore.
Peut-être faudrait-il instaurer une distinction pour le travail du dimanche entre le secteur alimentaire et celui du commerce. Sinon cela risque de fragiliser les plus petits acteurs."
En ce qui concerne la question de l'indexation automatique des salaires, le président de l'UCM rappelle que son institution était demandeuse d'un débat sur le sujet, non pour supprimer purement et simplement ce système mais pour l'encadrer et aider les petites entreprises "quand la machine s'emballe", entendez quand l'inflation dérape. "Je note dans le rapport du formateur qu'il est précisé que Groupe des Dix (NdlR : les interlocuteurs sociaux) devra proposer un avis sur la modernisation de la loi de compétitivité de 1996 et sur la question de l'indexation. Ce début n'est donc pas fermé", note-t-il.
Enfin Pierre-Frédéric Nyst pointe comme dernier point positif la "modernisation d'un marché du travail qui donnera plus de flexibilité" mais apporte un bémol sur la généralisation du travail du dimanche. "Cette généralisation n'était pas demandée par les commerçants qui veulent préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Peut-être faudrait-il instaurer une distinction pour le travail du dimanche entre le secteur alimentaire et celui du commerce. Sinon cela risque de fragiliser les plus petits acteurs ", conclut-il.
