Voici la compagnie et le trajet aérien les plus polluants d'Europe : "Les émissions de l'aviation échappent à tout contrôle"
Selon une étude de Transport & Environnement, les compagnies aériennes ont retrouvé leur niveau d'émissions de CO2 d'avant la crise du Covid. Près de 70 % de la pollution des avions échappent au marché carbone de l'UE.

- Publié le 29-04-2025 à 08h08
- Mis à jour le 29-04-2025 à 08h21

Beaucoup de spécialistes l'affirment : la crise du Covid aura été la plus importante et la plus longue de l'histoire de l'aviation commerciale. Mais tout cela est (presque) de l'histoire ancienne. Plus de cinq ans après l'apparition de la pandémie, les aéroports du Vieux Continent ont quasiment tous retrouvé leur rythme de croisière. D'après une étude de la Fédération Transport & Environnement (T & E), l'année dernière, le nombre de vols – plus de 8,6 millions – au départ d'aéroports européens a atteint 96 % du nombre de celui enregistré en 2019. Le total des émissions de CO₂ émis par le secteur a, lui, atteint 98 % des niveaux d'avant Covid, avec même un dépassement en ce qui concerne les vols intra-européens.
"Les émissions de l'aviation échappent à tout contrôle, insiste Krisztina Hencz, spécialiste du secteur aérien chez T & E, qui regroupe une cinquantaine d'organisations non gouvernementales. Pour ne rien arranger, le secteur continue d'esquiver le coût réel de sa pollution, ce qui tourne en dérision les promesses faites par les compagnies aériennes de construire des avions plus écologiques après le Covid". D'après elle, si l'Europe continue sur cette voie, l'aviation "verte" restera "une simple vue de l'esprit".

L'étude montre également que dix compagnies étaient responsables de 40 % de toutes les émissions de l'aviation européenne en 2024. Les principaux pollueurs étant Ryanair (16 millions de tonnes de CO₂), Lufthansa (10 millions de tonnes de CO₂) et British Airways (9 millions de tonnes de CO₂). Dans ce top 10, seule Air France a réussi à diminuer légèrement ces émissions par rapport à 2023.
Pour rappel, on estime que l'aviation civile est responsable de 2,5 % de l'ensemble des émissions de CO2 émises à travers le monde. Le secteur s'est engagé à la neutralité carbone pour 2050. L'idée des compagnies n'est pas de réduire le trafic aérien mais de "verduriser" leur flotte, dans un premier temps via l'utilisation de carburant durable, puis l'utilisation d'avions électriques, voire à hydrogène.
Les patrons des grandes compagnies aériennes appellent régulièrement l'UE à affaiblir ses règles en matière de tarification du carbone."
En Europe, les compagnies doivent aussi se soumettre au système d'échange de quotas d'émission (ETS). Mais beaucoup y échappent, selon l'ONG. D'après elle, 70 % des émissions émises par l'aviation sur le Vieux Continent n'ont ainsi pas été tarifées l'année dernière. En cause ? Les vols ayant une destination non-européenne ne sont pas comptabilisés dans l'ETS. "Les trajets les plus polluants au départ de l'Europe en 2024 sont tous intercontinentaux, avec Londres-New York en tête de liste (vu la quantité élevée de vols entre ces deux villes, NdlR) , dénonce la Fédération. Or aucune compagnie n'a dû payer ces émissions sur ces routes qui ne sont pas comptabilisées sur les marchés du carbone de l'UE, de la Suisse ou du Royaume-Uni".
T & E estime qu'une extension de l'ETS de l'UE et du Royaume-Uni aurait pu générer 7,5 milliards d'euros supplémentaires en 2024 "si les émissions extra-européennes étaient tarifées".
Notons que l'Union européenne a prévu de revoir son système d'échange de quotas d'émission l'année prochaine. "C'est l'occasion de remédier à cette lacune fondamentale en étendant le champ d'application à tous les vols en partance d'Europe", plaide Krisztina Hencz. Selon cette dernière, le secteur de l'aviation montre "des signes de recul" sur le plan climatique. "Les patrons des grandes compagnies aériennes appellent régulièrement l'UE à affaiblir ses règles en matière de tarification du carbone".