Bounce, la start-up qui rend le tennis plus écoresponsable : "Une balle met 4 fois plus de temps qu'une bouteille en plastique à se dégrader"
Avec une technologie qui permet de conserver plus longtemps la pression des balles, la start-up entend séduire les amateurs de tennis et de padel. Mais elle s'adresse aussi aux clubs sportifs et est présente sur le terrain du recyclage. En commençant par la France, le développement international est aussi dans les plans.

- Publié le 30-05-2025 à 10h01

Bounce, c'est d'abord et avant tout le fruit de la créativité de trois amis – Antoine Wouters, Maxime Sohet et Grégory Mergurian – passionnés de tennis et de padel. "Nous avons eu l'idée de créer Bounce en 2019, raconte Antoine Wouters. Le projet est vraiment né sur un terrain de tennis lors d'une partie entre nous. Nous avons commencé la partie avec la même question que beaucoup de joueurs se posent avant de commencer à jouer : est-ce que tu as de bonnes balles ? Et, ce jour-là, aucun de nous trois n'avait des bonnes balles".
Les trois amis se disent alors qu'il y a quelque chose à faire. D'autant qu'en se renseignant un peu, ils se rendent aussi compte que le tennis et le padel figurent parmi les sports les plus polluants au monde en raison de la surconsommation de balles. "Chaque année, 350 millions de balles sont utilisées dans le monde et moins de 5 % d'entre elles sont recyclées. Une balle met, en moyenne, 4 fois plus de temps qu'une bouteille en plastique à se dégrader. On s'est dit que nous voulions continuer à pratiquer ces deux sports, mais pas dans ces conditions. Nous voulions trouver une solution pour rendre le tennis et le padel plus éco-responsable", explique Antoine Wouters.
Notre tube permet de multiplier par trois la durée de vie des balles."
Le point de départ du trio est de se demander pourquoi les balles perdent de leur pression. "Ce n'est pas tellement au moment où on joue que les balles perdent leur pression, mais entre les parties. Il y a plus de pression à l'intérieur dans une balle de tennis ou de padel que dans la pression atmosphérique. Elle est constituée avec une coque en caoutchouc poreux, ce qui explique le fameux pschitt quand on ouvre un tube de balles : la balle est alors exposée à une pression inférieure à ce qu'il y a à l'intérieur du tube et elle a alors tendance à perdre sa pression naturellement. C'est pour cela que les balles sont vendues dans des tubes pressurisés, où il y a la même pression que dans la balle elle-même pour éviter qu'avant même de jouer, les balles soient déjà à moitié plates", détaille notre interlocuteur.
Voilà pour l'explication physique. Les trois amis créent alors un tube, pour quatre balles de tennis ou de padel, permettant de remettre les balles sous pression après chaque partie. "Notre tube permet de multiplier par trois la durée de vie des balles", assure Antoine Wouters. Son prix ? 89,95 euros. "Un joueur régulier, qui joue une fois par semaine, garde en moyenne ses balles pour trois parties. Avec l'économie qu'il va faire va sur l'achat de nouvelles balles, il rentabilisera le tube en moins d'un an".

Formule d'abonnement pour les clubs
Après une première levée de fonds pour financer la recherche et développement, puis une campagne de crowdfunding pour financer l'industrialisation – les tubes sont produits en France, du côté de Nantes –, la commercialisation a débuté en août 2024. "On a en vendu plus de 12 000 sur notre site Internet et un certain nombre de 'market places' ou de vendeurs en ligne, et dans une quarantaine de points de vente en Belgique et en France", explique encore le cofondateur de Bounce.
En France, il y a plus de 7 000 clubs. Nous commençons à prospecter l'Ile-de-France et le nord de la France. On y retrouve de très gros clubs avec parfois 3 000, 4 000, voire jusqu'à 5 000 membres."

Mais si les particuliers constituent un marché important, celui des clubs est d'une tout autre dimension. "Les clubs sont évidemment de gros consommateurs de balles au travers de leurs académies. Et ces clubs ne vont évidemment pas s'amuser à pressuriser les balles 4 par 4 via des tubes. C'est la raison pour laquelle nous avons sorti Bounce Pro (NdlR : qui ressemble à une cuve), qui dans sa première version permet de repressuriser jusqu'à 500 balles en même temps. Nous venons aussi de sortir une version avec 280 balles pour s'ouvrir au marché du padel. Le principe est identique que les tubes pour particuliers, mais on va y mettre la pression avec un compresseur électrique plutôt qu'avec une pompe intégrée. Avec Bounce Pro, notre ambition est d'équiper tous les clubs pour qui le coût et la gestion des balles représentent une difficulté. Dans les 500 clubs que compte notre pays, il doit y en avoir entre la moitié et les deux tiers qui sont suffisamment gros pour avoir un intérêt à utiliser notre technologie", poursuit Antoine Wouters. Ici, c'est une formule d'abonnement – avec des contrats d'un an, deux ans ou quatre ans – qui est proposée aux clubs et académies. Et nouveauté : la production des Bounce Pro a été rapatriée d'Espagne vers notre pays, du côté de Mons. Si la start-up est très présente jusqu'à présent en Wallonie, elle a la ferme intention de se développer en Flandre dans les mois qui viennent.
Mais les regards de Bounce se tournent aussi vers le marché français. "En France, il y a plus de 7 000 clubs. Nous commençons à prospecter l'Île-de-France et le nord de la France. On y retrouve de très gros clubs avec parfois 3 000, 4 000, voire jusqu'à 5 000 membres. Si la priorité est donnée à la Belgique et la France, notre vision est aussi de s'attaquer, dans un horizon de trois ans, aux autres gros marchés européens du tennis et du padel : Espagne, Italie, Allemagne et Suède".
200 000 balles recyclées
Les cofondateurs ne dévoilent pas, à ce stade, le chiffre d'affaires de la start-up. "Nous préférons parler en termes d'impact de nos activités : 12 000 personnes utilisent nos tubes quotidiennement et une cinquantaine de clubs utilisent la Bounce Pro, qui est équipée du programme Bounce Circular visant à trier, collecter et recycler les balles qui sont utilisées dans le club. L'année passée, plus 200 000 balles ont été recyclées", précise Antoine Wouters.
Nous travaillons avec une usine en France. Nous sommes en train de développer une technologie qui permettra de créer des sols sportifs pour les salles de fitness ou les plaines de jeux uniquement à partir du caoutchouc des balles."
Car Bounce, qui emploie quatre personnes, entend évidemment être présent sur le dernier maillon de la chaîne, celui de la collecte et du recyclage des balles en fin de vie, via les poubelles Bounce Circular qui, elles, sont produites du côté de Besançon. Dans les clubs qui jouent le jeu, le taux de balles collectées en vue d'être recyclées atteint jusqu'à 95 %, avance la start-up. "Nous travaillons avec une usine en France. Nous sommes en train de développer une technologie qui permettra de créer des sols sportifs pour les salles de fitness ou les plaines de jeux uniquement à partir du caoutchouc des balles".
Autre innovation récente : la mise au point de surgrips pour raquettes de tennis ou de padel 100 % biodégradables qui, après usage, peuvent être jetés directement dans un compost. Pour financer sa croissance, Bounce procédera à la fin de cette année à une nouvelle levée de fonds : elle devrait porter sur un montant de l'ordre du million d'euros.