Hongrie: le gouvernement met les forêts en danger
En prévision d'une pénurie de gaz, Viktor Orban parie sur le bois.
- Publié le 21-08-2022 à 13h56
- Mis à jour le 21-08-2022 à 14h01

Comme la majeure partie de l'Europe, la Hongrie se dessèche sous l'effet d'un été caniculaire. Plusieurs de ses lacs sont à sec ou en voie avancée d'assèchement, le Danube est à un niveau historiquement bas et des feux se déclenchent çà et là. Mais les autorités ont déjà la tête à l'hiver, qui promet de n'être guère plus réjouissant sur le volet énergético-climatique. Car la Hongrie a beau faire cavalier seul en Europe en continuant à acheter du gaz russe, aux conditions de Moscou, elle se sent vulnérable et redoute de manquer cet hiver.
La coupure momentanée, au début du mois, des approvisionnements de pétrole brut, via l'oléoduc de l'Amitié, à la Hongrie, à la Slovaquie et à la Tchéquie n'est pas faite pour la rassurer.
L'enjeu gazier est énorme pour elle : 80 % de son gaz provient de Russie et 85 % des foyers en dépendent pour se chauffer. Dans ce contexte anxiogène, le gouvernement souverainiste de Viktor Orban pousse les Hongrois vers le bois de chauffage, pour parer à l'éventualité d'une pénurie d'énergie. Au mois de juillet, ce fut la ruée sur les poêles à bois après l'annonce de la suppression progressive du rabais sur le prix du gaz de ville qui a cours depuis 2013. Avec pour effets immédiats une rupture de stock et une envolée du prix du bois.
"Jamais je n'aurais pensé me retrouver un jour dans cette situation où je dois m'approvisionner en bois pour être sûre de passer l'hiver", confie Blanka, à qui cela rappelle son enfance en Transylvanie, mais qui n'est pas certaine d'avoir son poêle à temps pour l'hiver. Quant à Klara, une retraitée, elle n'a pas hésité à demander une troisième livraison préventive de deux tonnes de chêne pour l'équivalent de 250 euros, contre 150 euros les deux précédentes.
Pour s'assurer que l'offre suivra, donc que le bois ne vienne pas à manquer, le gouvernement a passé un décret le 4 août qui assouplit les conditions de l'exploitation forestière. Concrètement, cela signifie que, en cas de survenue d'une "crise énergétique" décrétée par le gouvernement, il sera possible d'abattre des arbres pour en faire du bois de chauffage sans s'embarrasser de restrictions, en ce qui concerne par exemple le replantage, et cela jusque dans les zones naturelles protégées par un parc national ou par Natura 2000 (réseau européen d'espaces de protection de la biodiversité).
Grogne sociale
Des associations environnementales internationales et locales dénoncent cette politique de court terme au détriment de l'environnement. Une pétition a rassemblé cent mille signatures et deux manifestations ont réuni plusieurs milliers de personnes, à Budapest mais aussi dans quelques autres villes. "Les assouplissements prévus par le décret gouvernemental ne se sont produits dans l'Histoire que lors de périodes exceptionnelles au XXe siècle et les forêts hongroises ne s'en sont toujours pas complètement remises", a prévenu Laszlo Galhidy, responsable du WWF en Hongrie.
Cela n'entraînera pas de déforestation, ne réduira pas la superficie forestière et ne détériorera pas l'état naturel des forêts, a tenté de rassurer Istvan Nagy, le ministre de l'Agriculture. Ce dernier a répété l'explication toute faite du gouvernement pour chaque problème qui se pose désormais à lui : la faute en revient à la guerre en Ukraine et aux sanctions européennes contre la Russie, qui ont mis en péril l'approvisionnement énergétique de l'Europe.
Son ministère a semblé faire machine arrière, mardi, en publiant un arrêté ministériel qui interdit les coupes à blanc dans les zones protégées. Mais il ne s'agit là que d'une "astuce de communication", de l'avis de Katalin Rodics, experte de Greenpeace, qui estime que les forêts sont toujours en danger, l'arrêté ne prévalant pas sur le décret. Lors de son discours tenu dans une manifestation à Budapest mercredi, elle a affirmé que, contrairement à ce qu'argumente le gouvernement, la superficie des forêts est en diminution depuis 2016 en Hongrie, alors même que le couvert forestier de celle-ci est faible, inférieur à la moyenne européenne.