L'Allemagne est sous le choc du vote français
La presse tire à boulets rouges sur la décision du président Macron d'avoir dissous l'Assemblée nationale. Du côté politique, on redoute l'impact d'une victoire du Rassemblement national sur la relation franco-allemande et l'Europe
- Publié le 01-07-2024 à 19h25

Il y a un peu plus d'un mois, Emmanuel Macron multipliait les discours grandiloquents et très pro-européens lors d'une visite d'État de trois jours en Allemagne. Hier, au lendemain du premier tour des législatives, la presse allemande n'avait pas de mots assez durs envers le président français, envers sa "débâcle auto-infligée" et "son coup de poker raté". "Le pays des Lumières, des droits de l'homme, du cosmopolitisme dérive vers la droite comme jamais auparavant – et peut-être vers l'obscurantisme, le repli sur soi, la xénophobie", regrette le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung pour qui tout cela "est l'échec et la faute de Macron", un président "qui a ouvert grand la porte à l'extrême droite". Même ton acerbe du côté du journal conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Un président qui met en jeu sans nécessité sa majorité au Parlement ne pourra certainement pas espérer une inscription gracieuse dans les livres d'histoire […] La France pourrait être absente de l'UE et de l'Otan pendant des années. Cela ferait plaisir à Moscou", craint ce quotidien.
Commentaires politiques succincts, mais inquiets
Comme à l'habitude, le gouvernement rouge-vert-libéral allemand limite en revanche au minimum ses commentaires, sur une élection à l'issue encore incertaine. "L'Allemagne et la France portent une responsabilité particulière pour notre maison commune européenne. Qu'un parti d'extrême droite soit en tête ne peut nous laisser de marbre", a sobrement réagi la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, tandis que le président de son parti, écologiste, Omid Nouripour se disait, lui, "inquiet". "Si ces résultats se confirment, ce sera une mauvaise nouvelle pour la relation franco-allemande et pour l'Europe, au moment où la droite extrême à Bruxelles veut démolir le projet européen", déplore-t-il.
"C'est un avertissement pour nous tous", estime de son côté Saskia Eksen, coprésidente du parti social-démocrate du chancelier Olaf Scholz. "La cohésion de l'Europe est en danger […] Les politiques doivent répondre aux problèmes des gens", estime-t-elle.
Commentaire également succinct de la part du principal parti d'opposition, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), par la voix de son secrétaire général Carsten Linneman, pour qui une victoire du RN "changerait la relation franco-allemande de manière fondamentale".
L'Allemagne peut-elle apprendre de l'expérience française, à deux mois d'élections importantes dans l'est du pays où le parti d'extrême droite AfD pourrait lui aussi arriver en tête ? "Absolument", estime Sandra Weeser, députée fédérale du parti libéral FDP. "En France, le RN a grandi sur le thème majeur de l'immigration. Chez nous aussi l'AfD en a fait son thème central. C'est donc un avertissement. Les partis au pouvoir doivent régler les problèmes du pays", affirme l'élue. "Cette élection est un tremblement de terre politique. Le RN est germanophobe, très critique envers l'Europe, en partie raciste. À gauche La France Insoumise est contre l'Otan, tout aussi germanophobe et en partie antisémite. Avec ces deux partis règne une insécurité fiscale, avec des promesses impossibles à tenir", constate cette élue très impliquée dans le franco-allemand. "Quels que soient les résultats des urnes le 7 juillet, les contacts entre les deux pays vont se poursuivre mais seront-ils aussi poussés ? L'assemblée parlementaire franco-allemande pourra-t-elle encore servir d'impulsion entre les deux pays et pour l'Europe ?", s'inquiète Sandra Weeser.
Dans ce contexte, seul le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne se réjouit de la situation en France. Et cela malgré son récent divorce d'avec le parti de Marine Le Pen, qui l'a exclu du groupe Identité et démocratie au Parlement européen, le jugeant infréquentable.