La libération de Cecilia Sala, une victoire politique pour Giorgia Meloni
Giorgia Meloni aurait obtenu la garantie que la non-extradition de l'ingénieur iranien, Mohammad Abedini, arrêté le 16 décembre dernier à l'aéroport de Malpensa sur demande des autorités judiciaires américaines, ne compromettrais pas les relations entre son gouvernement et la nouvelle administration de Washington.

- Publié le 08-01-2025 à 19h04

"Ciao, je suis rentrée !" C'est avec cette simple note vocale que Cecilia Sala annonce à ses collègues du Foglio et de Chora Media qu'elle est bien de retour en Italie. Vingt jours après avoir été arrêtée dans sa chambre d'hôtel à Téhéran et incarcérée en cellule d'isolement à la prison d'Evin, la journaliste de 29 ans, souriante, se jette dans les bras de son compagnon sur la piste de l'aéroport de Rome Ciampino. Pas de déclaration officielle mais une simple photo qui s'affiche sur les sites des journaux italiens. On y voit Cecilia Sala qui serre la main en souriant à Giorgia Meloni, la photo symbole de ce début d'année.
Une victoire politique
Quelques heures plus tôt, un communiqué de la présidence du Conseil des ministres tombait dans les rédactions : "L'avion qui ramène Cecilia Sala à la maison a décollé il y a quelques minutes de Téhéran. Grâce à un travail intense des canaux diplomatiques et de nos services de renseignements, notre concitoyenne a été relâchée par les autorités iraniennes et rentre en Italie". Giorgia Meloni remercie tous ceux qui ont aidé à faire libérer la journaliste notamment les services de renseignements.
Pourtant, il semble que les portes de la prison d'Evin ont commencé à s'entrouvrir, dimanche dernier, lorsque la cheffe du gouvernement italien est rentrée à Rome après sa visite éclair en Floride dans la résidence privée de Donald Trump. Selon la reconstitution faite par la presse italienne, Giorgia Meloni aurait obtenu la garantie que la non-extradition de l'ingénieur iranien, Mohammad Abedini, arrêté le 16 décembre dernier à l'aéroport de Malpensa sur demande des autorités judiciaires américaines, ne compromettrais pas les relations entre son gouvernement et la nouvelle administration de Washington. Donald Trump lui aurait donné sa bénédiction en insistant pour que l'affaire soit réglée avant le vingt janvier prochain, date du passage de pouvoir entre Joe Biden et lui-même. L'ingénieur Abedini ne serait donc pas un prisonnier de poids pour les États-Unis.
L'homme des drones
Rarement l'Iran aura libéré aussi rapidement un ou une prisonnière politique pouvant servir de monnaie d'échange. En Italie, certains observateurs estiment que le nouveau Président iranien, Mosoud Pezeshkian, n'aurait pas été averti de l'arrestation de la journaliste le 19 décembre dernier. Confronté à une crise économique grave, impliqué dans le scénario géopolitique compliqué de la région, il aurait donc tout fait pour éviter une crise diplomatique ouverte avec un pays européen.
"L'homme des drones", l'ingénieur qui aurait créé une société écran en Suisse pour contourner l'embargo américain sur le matériel technologique permettant la construction de matériel militaire en Iran, selon la justice américaine, devra – lui – attendre quelques jours de plus dans sa cellule de la prison Opera à Milan. Le 15 janvier prochain les juges de la Cour d'appel de Milan analyseront la demande de son avocat pour le placer aux arrêts domiciliaires, mais une extradition vers les États-Unis où il risque une lourde peine de prison est désormais hautement improbable. Le ministre italien de la justice pourrait aussi faire usage de son pouvoir pour le libérer. Mais une fois de plus il semble que Giorgia Meloni ait joué la carte de l'amitié personnelle avec Donald Trump pour obtenir ce résultat. Ce jeudi, elle tiendra sa traditionnelle conférence de presse de début d'année, elle y arrive clairement renforcée par la libération de Cecilia Sala.