Selon des informations confidentielles, le détroit d'Ormuz, enjeu stratégique, a failli être bloqué voici quelques semaines
Détroits du monde (1/6) : enjeu géopolitique, points de transit pour le commerce mondial, les détroits jouent un rôle stratégique. De Gibraltar à Taiwan, en passant par Ormuz ou Malacca, tour d'horizon en six étapes. À Ormuz, un cinquième de la consommation totale de pétrole dans le monde transite par le petit détroit moyen-oriental.

- Publié le 04-08-2025 à 06h38
- Mis à jour le 04-08-2025 à 08h10

Un coude parfait. Voire un accent circonflexe. Tel se dessine le détroit d'Ormuz, unique voie d'accès maritime aux eaux chaudes du golfe Persique, épicentre d'une région largement désertique concentrant les principales réserves en hydrocarbures du globe. Ce détroit, vital pour les pays producteurs du Moyen-Orient, l'est aussi pour une bonne partie de la planète qui s'y approvisionne pour ses besoins énergétiques. En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient chaque jour, soit l'équivalent d'un cinquième de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Énergie (EIA).
Un volume similaire de gaz naturel liquéfié y transitait aussi, en majeure partie en provenance du Qatar. Ces volumes de pétrole et de gaz passant par Ormuz ont alors pris à 80 % la direction des marchés asiatiques, toujours selon l'AIE. C'est dire le caractère crucial de ce passage de 167 kilomètres de long et d'à peine 39 kilomètres de large, à son endroit le plus étroit – à peine davantage que son équivalent du pas de Calais, dans la Manche.
Menaces de blocage
Pour traverser le détroit d'Ormuz en venant du golfe d'Oman, il faut d'abord naviguer plein nord, entre la péninsule omanaise de Musandam bardée de ses fjords et de ses criques et les côtes tout aussi escarpées de l'Iran. Puis, l'on vire à bâbord, cap au sud-ouest, en laissant à tribord les îles iraniennes, dont Ormuz et Qeshm. Dans un sens comme dans l'autre, 3 400 navires commerciaux, en moyenne, passent chaque mois le Madiq Hourmouz, comme l'appellent les Arabes. En raison des eaux peu profondes d'Ormuz, les bateaux suivent un couloir de navigation central d'une largeur de deux milles marins (3,7 kilomètres). Celui-ci jouxte, dans sa partie septentrionale, les eaux territoriales de l'Iran, au large des côtes de la province d'Hormozgan et de son important port commercial de Bandar Abbas.

Fort d'une telle position, la République islamique n'a jamais renoncé à sa tentation d'un contrôle sécuritaire exclusif du commerce maritime à travers le détroit. Pourtant, depuis 1975, un accord confère la surveillance conjointe de cette libre circulation au sultanat d'Oman et à l'Iran. Quant à la Cinquième flotte américaine, basée au Bahreïn, en plein cœur du Golfe, elle veille aussi au grain depuis 1995. Washington et Téhéran, à couteaux tirés depuis la Révolution islamique de 1979, y ont eu de nombreux accrochages. En 1988, à la fin de la guerre Iran-Irak, la marine américaine avait détruit deux plateformes de forage iraniennes puis abattu, par erreur, un avion de ligne iranien au-dessus d'Ormuz. Depuis, Téhéran brandit régulièrement la menace d'y bloquer le trafic.
Mines marines chargées
Ce levier de pression pouvant être activé en cas de crise n'a toutefois jamais empêché l'Iran de procéder au harcèlement, voire à l'arraisonnement de navires dans ou aux abords du détroit – comme ce fut le cas à trois reprises en 2023 et 2024 – en recourant aux vedettes rapides de ses Gardiens de la Révolution. Durant la guerre de douze jours, en juin dernier, entre Israël et l'Iran, Téhéran était manifestement en train de préparer le blocage du détroit d'Ormuz. Peu après les premiers bombardements israéliens sur l'Iran le 13 juin, le renseignement américain a détecté que des militaires iraniens avaient chargé des mines marines sur des navires. Ces informations confidentielles révélées par une source anonyme après le conflit, le 1er juillet, semblent indiquer que la République islamique a sérieusement envisagé l'option de fermer cette voie maritime en disposant des mines dans le détroit. Cela aurait perturbé considérablement les échanges commerciaux et les marchés financiers. Pire, une intervention de la Cinquième flotte aurait aussi pu aggraver le conflit.
Un autre élément accrédite le scénario du blocage. Le 22 juin, alors que les États-Unis venaient de bombarder trois des principaux sites nucléaires iraniens, l'Assemblée consultative islamique (le Parlement iranien) a voté un projet de loi autorisant le blocage d'Ormuz. Selon la télévision iranienne, le Conseil suprême de sécurité nationale n'avait plus qu'à donner son feu vert. La proposition de paix faite par Washington deux jours plus tard coupait court à ces velléités iraniennes présumées. Dans l'analyse de leurs renseignements, les États-Unis ont d'ailleurs envisagé que l'autorisation du Parlement et le chargement des mines marines sur des bateaux iraniens aient pu constituer une ruse de l'Iran pour inciter l'adversaire à la prudence.