Ludivine Dedonder : "Si j'avais des F-16 à donner à l'Ukraine, je les donnerais. Mais je ne vais pas mettre en péril la sécurité de notre population"
La ministre de la Défense s'en prend au MR qui, selon elle, affirme des choses qui n'ont pas été décidées par le gouvernement.

- Publié le 21-09-2023 à 19h30
- Mis à jour le 21-09-2023 à 19h42
La ministre de la Défense contre-attaque. Ludivine Dedonder (PS) a peu goûté la sortie du MR, vendredi dernier. Les libéraux faisaient savoir que, à leur demande, le gouvernement allait solliciter une étude auprès de la Défense sur la possibilité d'envoyer des F-16 à l'Ukraine, en proie à l'agression russe. Jusqu'ici, la ministre et l'état-major avaient toujours dit que ce n'était pas possible sans risquer de mettre en péril les missions de l'armée.
Mme Dedonder, la Défense a-t-elle finalement la capacité de livrer des F-16 à l'Ukraine ?
Si j'avais des F-16 à donner, je les donnerais. Ce n'est pas une question de principe, c'est une question technique et opérationnelle. Moi, je suis responsable de la sécurité de nos concitoyens. Je ne vais pas affaiblir notre Défense et mettre en péril la sécurité de notre population. Si d'autres veulent prendre ce risque et affaiblir encore notre niveau de préparation, c'est leur responsabilité. Et puis, il faut remettre les choses dans leur contexte. Les Pays-Bas et le Danemark ont annoncé des livraisons de F-16 qui répondent aux objectifs que l'Ukraine s'est fixés. Quelle différence feront les quelques avions de chasse belges dans la masse de l'aide fournie en comparaison de ce qu'il nous en coûterait ?
Ne pourrait-on pas revoir légèrement à la baisse notre niveau opérationnel pour donner des avions à l'Ukraine ?
Mais quelles missions revoit-on à la baisse ? On a besoin de nos avions pour assurer la protection de l'espace aérien belge et du Benelux. Pour nos besoins de formation et d'entraînement. Et pour la sécurité de l'espace aérien des États baltes, qui est en lien direct avec le conflit en Ukraine. Si on diminue notre engagement dans les États baltes, un autre pays devra assumer la charge. C'est un jeu de dupes. Ça n'a pas de sens. En outre, on a déjà fait évoluer nos entraînements pour pouvoir envoyer deux F-16 biplaces au Danemark pour la formation des pilotes ukrainiens – et on n'a pas attendu que le MR nous le demande…
Ce que dit le MR n'est pas ce qui a été convenu en gouvernement… Le MR a toujours de bonnes idées pour les départements des autres, mais, moi, j'aimerais bien savoir ce qu'il fait au niveau diplomatique.
Sur quoi porte l'étude qui a été commandée à la Défense ?
Le kern (le gouvernement restreint, NdlR) avait décidé au mois de mai de rentrer dans la coalition F-16 en soutien à l'Ukraine. On a dit qu'on ne fournirait pas d'avions pour les raisons que j'ai indiquées, mais qu'on fournirait une offre pour la formation des pilotes. Tout le monde était d'accord. En kern, vendredi dernier, le MR a demandé ce que l'on pourrait faire avec les F-16 une fois qu'ils seront déclassés (mis hors service après 8 000 heures de vol, NdlR). Et j'ai répondu qu'on pouvait mener une étude à ce sujet.
Selon le MR, l'étude porte sur la livraison à l'Ukraine de F-16 en état de vol, avant qu'ils ne soient déclassés.
Ce n'est pas ce qui a été convenu en kern… L'étude porte sur ce que l'on pourra faire des avions une fois qu'ils auront fini leur parcours opérationnel. Le MR a fait une sortie dans la foulée du kern. Je vous laisse imaginer quel était son objectif. Mais, en tout cas, ce n'est pas ce qui a été convenu au niveau du kern.
Le vice-Premier ministre MR, David Clarinval, disait mercredi que la Belgique pourrait fournir entre deux et quatre F-16 l'année prochaine. Cela ne se fera pas, alors ?
Mais non, et je l'ai dit, c'est pour préserver la sécurité de nos concitoyens. Ce n'est pas une question principielle, comme le MR essaie de le faire croire. Ce n'est pas une question de volonté, mais de capacité. Par ailleurs, puisque le MR a toujours de bonnes idées pour les départements qu'il ne gère pas, moi, j'aimerais bien savoir, dans le cadre des compétences qu'il gère (les Affaires étrangères, NdlR), ce qui est entrepris au niveau diplomatique pour tenter d'apaiser les tensions entre l'Ukraine et la Pologne et pour tenter d'apaiser le conflit en général. J'entends aussi le MR dire qu'on n'apporte pas assez d'aide. Mais qui décide du niveau d'aide ? C'est le gouvernement, dont le MR fait partie. On verra lors du prochain conclave budgétaire (en octobre) le niveau d'ambition que les collègues fixeront pour l'aide en Ukraine. Il faudra peut-être leur rappeler leurs déclarations…