Une fantastique plongée dans l'imagination débordante de Wes Anderson à la Cinémathèque française
Ce mercredi, s'ouvre à Paris la première exposition entièrement consacrée au cinéaste texan. Une fantastique plongée dans l'imagination débordante de l'auteur de "La Famille Tenenbaum", "Moonrise Kingdom" et autres "Grand Budapest Hotel".

- Publié le 19-03-2025 à 10h30
- Mis à jour le 19-03-2025 à 10h52

Ce mercredi 19 mars, la Cinémathèque française ouvre au public les portes de sa grande exposition Wes Anderson, la première entièrement consacrée au génial cinéaste texan.
Chaque année, l'institution parisienne propose en effet une grande installation retraçant la filmographie d'un grand nom du 7e Art. Parmi les plus marquantes, ces dernières années, on se souvient des parcours dédiés à Stanley Kubrick (2011), Gus Van Sant (2016), Chris Marker (2018), Sergio Leone (2019), Louis de Funès (2021), Romy Schneider (2022), Agnès Varda (2023) ou encore James Cameron l'année dernière.
Confiée à trois commissaires, Matthieu Orléan (de la Cinémathèque française), Lucia Savi et Johanna Agerman Ross (du Design Museum de Londres, qui accueillera une version remaniée de l'expo du 21 octobre au 4 mai 2026, avant une tournée mondiale jusqu'en 2029), Wes Anderson, l'Exposition s'inscrit dans cette grande tradition. Et en met plein la vue à ses visiteurs !

Les archives d'Anderson
"J'ai visité la Cinémathèque pour la première fois il y a 25 ans, alors qu'elle se trouvait encore au Trocadéro, mais je l'avais déjà arpentée dans mon imagination (à travers les lettres de François Truffaut) à l'époque de l'avenue de Messine et de la rue d'Ulm. Et, d'une certaine manière, je relie indirectement ma propre éducation cinématographique à Henri Langlois et à ses acolytes. C'est donc un plaisir tout particulier pour moi que de participer à cette exposition !", explique le très francophile Wes Anderson dans le texte de présentation de l'expo.
Pour les besoins de celle-ci, le réalisateur de The French Dispatch en 2021, aujourd'hui âgé de 55 ans (malgré ses airs d'éternel adolescent), a ouvert ses riches archives personnelles, ainsi que celles de sa société de production American Empirical Pictures. De quoi composer un sublime parcours chronologique à travers sa filmographie. De son premier long métrage Bottle Rocket en 1996, jusqu'à Asteroid City en 2023, que le réalisateur viendra présenter, ce samedi 24 mars après-midi à la Cinémathèque (cf. ci-dessous).

Une formidable scénographie
Wes Anderson étant l'un des auteurs les plus populaires du cinéma contemporain, capable de réunir public et critique, l'exposition n'a pas pour ambition de nous faire découvrir un univers, plutôt de nous plonger au cœur du processus créatif d'un réalisateur à l'imagination débordante et pourtant bien ordonnée.
Dès le début du parcours, dans la section consacrée à ses débuts (Bottle Rocket en 1996 et Rushmore en 1998), on découvre ainsi une vitrine présentant les carnets manuscrits, quasiment identiques, dans lesquels Wes Anderson consigne ses idées pour chaque film. Une méticulosité qui correspond parfaitement à celle du story-board au crayon de Bottle Rocket, de sa main, exposé sur le mur opposé.
Dans les premières photos de l'expo, on peut voir Wes Anderson aux côtés de son premier comparse, Owen Wilson, coscénariste et acteur de ses premiers films, qu'il a rencontré sur les bancs de l'université du Texas à Austin. À l'époque, le jeune réalisateur n'avait pas encore les cheveux longs qu'on lui connaît depuis des années. Sa coiffure rappelle plutôt celle de David Lynch. Rien d'étonnant de la part d'un cinéaste aussi antinaturaliste que l'un de ses premiers maîtres… Même si, très rapidement, le jeune réalisateur a su creuser son propre sillon.

Un cinéaste visuel
À mesure que l'on progresse dans l'exposition, ce besoin de contrôle total sur son œuvre se fait de plus en plus sentir. Wes Anderson est un cinéaste visuel, un esthète maniaque. Et il a heureusement tout conservé. L'exposition bénéficie ainsi d'une très riche iconographie, les nombreuses pièces présentées répondant parfaitement aux extraits de films projetés en regard.
C'est dès lors un vrai plaisir de déambuler de salle en salle, de film en film. L'occasion de découvrir de magnifiques costumes originaux. Notamment ceux réalisés par la grande costumière italienne Milena Canonero, qui travaille avec Anderson depuis La Vie aquatique en 2004 et qui a décroché son quatrième oscar pour The Grand Budapest Hotel en 2015. On retrouve par exemple ici l'uniforme violet à la veste violette du concierge M. Gustave (Ralph Fiennes) et la tenue de cuir de l'infâme Jopling (Willem Dafoe).
Partout, transparaît la rigueur formelle de Wes Anderson. Que ce soit dans les nombreux dessins et maquettes — notamment de l'iconique Belafonte, le submersible de La Vie aquatique, qui côtoie les animaux imaginaires découverts par Steve Zissou durant ses explorations sous-marines, ou du train de The Darjeeling Limited (2009), peints à la main par des artisans indiens —, mais aussi dans la merveilleuse section consacrée au cinéma d'animation en stop-motion. Où l'on s'émerveille devant la splendeur des marionnettes créées par Andy Gent pour Fantastic Mr. Fox (2009) et L'Île aux chiens (2018), mais aussi devant les décors imaginés par Adam Stockhausen, fidèle parmi les fidèles de Wes Anderson. Dont le magnifique bar à nouilles accueillant le chien Boss en tenue de baseball… Avant de découvrir une immense maquette de la façade rose du Grand Budapest Hotel, emblème de la Mitteleuropa chère au cœur de Wes Anderson.

Un artisan du cinéma
Si le temps a passé depuis le court métrage Bottle Rocket (qui lança sa carrière lorsqu'il le présenta au Festival de Sundance en 1992), Wes Anderson, lui, n'a pas changé. Resté fidèle à la pellicule, il n'a jamais renoncé, non, plus à son approche quasi artisanale du cinéma. Comme en témoigne parfaitement l'exposition, qui dévoile des centaines d'objets, qui ont enrichi chaque décor de ses films et apporté une telle personnalité à son cinéma.
Quel bonheur de découvrir, par exemple, les faux magazines réalisés pour décrire la carrière des trois rejetons de La Famille Tenenbaum (2001) : Owen Wilson en une de The Sunday Magazine Section, Luke Wilson en une de Sporting Magazine ou un exemplaire de Playbill consacré à une pièce de Gwyneth Paltrow… Et que dire des tableaux en broderie au point de croix et des dessins des jeunes héros du sublime Moonrise Kingdom (2012) ? Ou des fausses couvertures de The French Dispatch en 2021, parodie enamourée du célèbre magazine New Yorker, qu'Anderson collectionne depuis l'adolescence…
Bref, voilà une expo qui donne sacrément envie de se replonger dans la filmographie de l'un des cinéastes hollywoodiens les plus singuliers. En attendant de découvrir son nouveau film, The Phoenician Scheme, au casting toujours aussi époustouflant : Bill Murray, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Benedict Cumberbatch, Benicio Del Toro, Charlotte Gainsbourg et bien d'autres. Une nouvelle histoire de famille à découvrir sans doute en mai prochain au 78e Festival de Cannes…

Rétrospective et séances spéciales
Présent, lundi soir, à la Cinémathèque française pour le vernissage de l'exposition, Wes Anderson reste à Paris jusqu'à ce week-end. S'il a refusé de donner la moindre interview à la presse, le cinéaste américain a néanmoins accepté de se prêter à l'exercice de la master class pour le public parisien, ce samedi 22 mars à 14h30, à l'issue de la projection de son dernier long métrage, Asteroid City (2023). Le lendemain à 15h, il présentera son magique film d'animation Fantastic Mr. Fox (2009).
Pour accompagner l'exposition, la Cinémathèque programme une rétrospective de l'œuvre de Wes Anderson, reprenant tous ses longs métrages, mais aussi quatre courts réalisés en 2023 pour Netflix d'après Roald Dahl (disponibles sur la plateforme), dont l'ébouriffant La Merveilleuse histoire de Henry Sugar (2023). Ceux-ci sont à voir sur grand écran le 18 mai à 17h15.
Durant la rétrospective, qui court jusqu'au 27 juin, séances spéciales et leçons de cinéma sont aussi au menu. Si l'on est de passage à Paris le vendredi 23 mai à 18h, on ne manquera pas la rencontre avec Robert Yeoman, grand directeur de la photographie qui accompagne Wes Anderson depuis ses tout débuts. Laquelle sera suivie d'une projection de The Grand Budapest Hotel (2014). C'est également autour de cette fable picaresque tintinophile endiablée qu'Alexandre Desplat, compositeur attitré d'Anderson depuis Fantastic Mr. Fox, rencontrera le public, le samedi 21 juin à 14h30.
À noter encore, le 17 mai, de 19h à minuit, une visite spéciale, dans le cadre de la Nuit des musées. Laquelle proposera un Cluedo géant dans les allées de l'exposition, mais aussi un concert de jazz et de nombreuses autres surprises…


- "Wes Anderson, l'Exposition", du 19 mars au 27 juillet à la Cinémathèque française. 51 rue de Bercy, 75012 Paris. Ouvert lundi, mercredi, jeudi et vendredi, de 12h à 19h, week-ends, vacances scolaires et jours féries, de 11h à 20h. Entrée : 14 € (tarif réduit : 11 € ; 6-17 ans : 7 €).
- Visites guidées (16 €) les samedis et dimanches à 11h30 et 16h30. Visites guidées + analyse de films (22 €) les samedis 22 mars, 5 et 26 avril, 24 mai à 16h.
- Rens. et réserv. : www.cinematheque.fr.
- Catalogue "Wes Anderson : les Archives", consacré au design de ses films, avec un entretien exclusif du cinéaste (296 pp., 38 €).