Marion Cotillard et Adam Driver ouvrent Cannes en musique dans l’opéra rock "Annette"

Marion Cotillard et Adam Driver, un couple glamour réuni dans un opéra rock pour lancer le 74e Festival de Cannes.

Hubert Heyrendt, envoyé spécial à Cannes

Dès mardi matin, les petites mains s’attelaient à ce que le tapis rouge du palais du Festival soit impeccable pour l’ouverture du 74e Festival de Cannes, après plus de deux ans d’absence. Et c’est Leos Carax qui, à 19 h 25, a lancé les festivités au Grand Théâtre Lumière avec Annette, un opéra rock explosif sur la musique du groupe californien Sparks. Une ouverture en fanfare qui rappelle celle de la Mostra de Venise en 2016 avec La La Land. Les parallèles entre ces deux comédies musicales contemporaines sont d’ailleurs nombreux.

Comme Damien Chazelle, Carax met en effet en scène, dans son sixième long métrage (depuis Boy Meets Girl en 1984), un couple d’artistes. Henry McHenry (Adam Driver) est une star du stand-up. Surnommé "le Gorille de Dieu", ce roi de la provocation cartonne dans son nouveau spectacle à l’Orpheum Theatre de Los Angeles. Sur scène, il moque son métier et le besoin de son public de venir rire pour oublier sa vie triste et vide. Il officialise également sa relation avec Ann (Marion Cotillard), une soprano au sommet de sa gloire, qui triomphe tous les soirs sur scène à l’Opéra de Los Angeles. De quoi faire de ce couple a priori mal assorti l’un des plus glamour du moment ! La naissance de leur petite fille, Annette, va changer à jamais le cours de leur existence…

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© September

Explosion visuelle

Comme La La Land, Annette s’ouvre sur un magnifique plan-séquence, qui réunit Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg mais aussi Leos Carax et les frères Ron et Russel Mael, fondateurs du groupe Sparks en 1968 et qui signent non seulement la musique du film, mais aussi le scénario… En leur compagnie, on quitte un studio d’enregistrement de Los Angeles pour sortir dans la rue ; on quitte le réel pour sauter à pieds joints dans l’univers insaisissable de Carax. L’effet est saisissant, emportant le spectateur dans un véritable tourbillon artistique.

Leos Carax n’a jamais eu peur du ridicule ou d’en faire trop. Comme Holy Motors (2012), Annette est un film bigger than life, bigger than screen, qui convoque aussi bien le 7e art que l’opéra, la peinture ou même l’art des marionnettes pour figurer la petite Annette - une idée à la fois poétique et inquiétante, qui tire le film vers le conte macabre. Confrontant les univers musicaux du rock et du classique, cette comédie musicale éblouissante est une explosion de cinéma, qui éclabousse tout l’écran. Véritable poète visuel, le cinéaste français de 60 ans signe quelques séquences fulgurantes et quelques numéros d’anthologie. Il ose ainsi le cunnilingus ou l’accouchement chantants !

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Une alchimie parfaite

Entre Adam Driver (également producteur du film) et Marion Cotillard, l’alchimie est parfaite ! Et toute l’introduction de leurs personnages est un pur régal. Même si Annette perd un peu en intensité à mesure que se met en place l’intrigue imaginée par les Sparks autour de cette petite fille. "L’histoire, les chansons, le scénario en somme, viennent des Sparks , nous expliquait Marion Cotillard mardi matin en interview. Mais Leos a absorbé tout cela, l’a fait totalement sien. Leos est un artiste habité par son art, c’est un poète. Il est partout, dans une moto, un verre d’eau, une coupe de cheveux."

Si le livret n’est clairement pas la force du film - malgré quelques chansons entêtantes -, par sa bizarrerie volontaire, son côté expérimental, son inventivité permanente, Annette n’en reste pas moins un grand film. Un film à l’image de son auteur, totalement libre.

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