Cannes 2025: Wes Anderson plus tintinophile que jamais avec "The Phoenician Scheme"
Ce dimanche soir, le cinéaste américain a fait son retour en Compétition du 78e Festival de Cannes avec une bande dessinée filmée enlevée, emmenée par un impérial Benicio del Toro.

- Publié le 18-05-2025 à 19h45
- Mis à jour le 04-06-2025 à 17h44

C'était l'un des tapis rouges les plus attendus de cette 78e édition du Festival de Cannes ! Dimanche soir, les marches du Palais des Festivals ont en effet vu défiler Benicio del Toro, Jeffrey Wright, Riz Ahmed, Jeffrey Wright, Michael Cera, Mathieu Amalric, Roman Coppola… Ou encore Scarlett Johansson, qui présentera, mardi à Un Certain Regard, Eleanor the Great, son premier film comme réalisatrice.
Tout ce beau monde accompagnait Wes Anderson pour la grande première de The Phoenician Scheme, au casting toujours aussi pléthorique ! Soit la quatrième entrée en compétition cannoise du plus fantasque des cinéastes américains, après Moonrise Kingdom (qui faisait l'ouverture en 2012), The French Dispatch en 2021 et Asteroid City en 2023.
Un père et sa fille
Wes Anderson nous conte cette fois les aventures rocambolesques de Zsa-Zsa Korda (Benicio Del Toro), richissime homme d'affaires européen ayant fait fortune dans le commerce (et le trafic) d'armes. Alors qu'il a survécu miraculeusement à une énième tentative d'assassinat, le magnat décide de léguer toute sa fortune à sa fille Liesl (Mia Threapleton), qui s'apprête à devenir nonne.
Pour la convaincre de renoncer à ses vœux, Zsa-Zsa lui promet de venger la mort de sa mère, qu'il attribue à l'oncle Nubar (Benedict Cumberbatch). La prenant comme héritière à l'essai, il lui dévoile son "plan phénicien", qu'il peaufine depuis 30 ans. Barrage, tunnel, ligne de chemin de fer… Celui-ci doit permettre de développer, avec 5 % des revenus à la clé durant 150 ans, une région désertique du Proche-Orient. Mais pour mettre en place cette opération complexe, qui ne laisse personne indifférent (à commencer par les grandes puissances mondiales et la CIA), il va falloir faire le tour des financiers : Marseille Bob (Mathieu Amalric), le prince Farouk (Riz Ahmed)…
Chaque élément-clé du plan est contenu dans une boîte à chaussures. Ce sont elles qui serviront de structure au douzième long métrage de Wes Anderson depuis Bottle Rocket en 1996. Aussi rigoureusement chapitré (à la manière de The French Dispatch) que mis en scène, le nouveau jeu de pistes d'Anderson ne surprend pas ; l'auteur reste strictement fidèle à son style unique. Mais il fait mouche, comme à chaque fois.

Construction rigoureuse
Construit sur une succession de rencontres avec des personnages bien typés, The Phoenician Scheme est une véritable bande dessinée filmée. Difficile de ne pas voir ici l'héritage d'Hergé. Le réalisateur se montre en effet plus tintinophile que jamais. Chaque plan, toujours aussi méticuleusement conçu (avec ces incroyables décors, ce jeu sur la profondeur de champs et la symétrie, ces cadrages rigides…) semble sortir d'une case de Tintin : des Cigares du Pharaon (dans la description d'un Proche-Orient de pacotille ou de ce cargo digne du Karaboudjan) à Tintin et les Picaros (avec ces improbables révolutionnaires communistes sortis de la jungle).
Et pourtant, pas de doute, on est bien chez Wes Anderson. Malgré quelques échos à aujourd'hui (les positions libertariennes et la richesse de Zsa-Zsa font vaguement penser à un Elon Musk), The Phoenician Scheme est un pur divertissement. Un pur régal visuel, dans lequel le cinéaste continue de broder sur son thème fétiche, celui de la famille, à travers le portrait de cette improbable relation père-fille que tout oppose, a priori. Mais chez le malicieux cinéaste, la frontière entre la malignité et la sainteté est bien plus floue qu'elle ne paraît au premier regard…
Pas de quoi, sans doute, faire une Palme d'or, mais sans conteste du tout bon Anderson, dont l'imagination semble sans borne pour concevoir de nouveaux tableaux vivants et d'irrésistibles gags. Comme on peut toujours s'en rendre compte à la grande exposition que lui consacre la Cinémathèque française à Paris jusqu'au 27 juillet prochain. Même si, depuis une quinzaine d'années, le cinéaste ne surprend plus. Et, quel que soit le plaisir que l'on prend face à ses films, on rêve que l'Américain accepte, un jour, de casser sa belle machine bien rodée, pour oser s'aventurer vers quelque chose de nouveau.

The Phoenician Scheme Comédie De Wes Anderson Scénario Wes Anderson et Roman Coppola Photographie Bruno Delbonnel Musique Alexandre Desplat Montage Barney Pilling Avec Benicio del Toro, Mia Threapleton, Michael Cera, Tom Hanks, Bryan Cranston, Riz Ahmed, Mathieu Amalric, Jeffrey Wright, Benedict Cumberbatch… Durée 1h41