L'Enfer
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 26-07-2026 à 17h13
- Mis à jour le 28-07-2026 à 16h21

Ils ont pris quelques vêtements, des chargeurs, des médicaments, parfois une photo. Ils ont embarqué le chien à l'arrière de la voiture. Puis ils ont fermé leur porte sans savoir s'ils la rouvriraient. En Gironde, dans les Landes, comme dans la périphérie de Madrid, plusieurs centaines de milliers d'habitants et de vacanciers ont quitté leur maison, leur camping, leur entreprise, leur exploitation, leur village devant un ennemi commun : un monstre de feu.
Il y a d'abord cette odeur piquante et cette lumière orange. S'ensuivent un ciel obscurci, des routes saturées, des quartiers désertés. Des images de guerre. Vient ensuite le bruit des avions qui plongent vers les flammes, des sirènes, des colonnes de camions de pompiers, avec à leur bord des hommes et des femmes épuisés. Et partout, ce mur de fumée annonce que le danger approche. Seul le vent semble décider de la direction et de l'intensité du brasier qui dévore les forêts.
Ces incendies, comme les inondations, nous bouleversent parce qu'ils touchent à ce que nous pensions immuable : notre maison, le paysage de notre enfance et cette certitude de pouvoir rester là où nous avons choisi de vivre.
Jusqu'à peu, l'expression "réfugiés climatiques" évoquait des populations lointaines, chassées par la montée des eaux, la sécheresse ou la désertification. En Europe aussi, notre environnement peut devenir, en quelques heures, inhabitable. Nous sommes, nous aussi, des réfugiés climatiques potentiels.
En juillet 2021, ici, ce n'était pas le feu mais l'eau. Dans les vallées de la Vesdre et de l'Ourthe, des familles avaient dû fuir leur maison face à des rivières devenues infernales. Trente-neuf personnes ont perdu la vie. Des quartiers entiers ont été dévastés. Cet été, c'est la chaleur qui provoque une surmortalité plus silencieuse.
L'eau, le feu, la chaleur sont les trois visages d'une même vulnérabilité. La multiplication et l'intensification de ces phénomènes extrêmes étaient annoncées. Elles sont désormais notre réalité. Le changement climatique n'est plus une courbe ou une échéance pour 2050. Il se mesure en vies perdues et en territoires meurtris.
Ce constat exige d'agir pour prévenir, d'abord, mais aussi pour adapter nos infrastructures, protéger nos habitations et renforcer nos moyens de secours face à des événements de moins en moins exceptionnels.
L'enfer qui dévore aujourd'hui ces régions anéantit aussi l'illusion que le dérèglement climatique est une menace pour notre futur.
Il est déjà entré dans nos maisons.