Berlin compte sur les habitants et les touristes pour se refaire une beauté
La capitale allemande a lancé un projet pour récompenser celles et ceux qui participent à des actions de nettoyage de la ville. La propreté est un serpent de mer dans une capitale qui par ailleurs peine à retrouver les niveaux de fréquentation touristique d'avant la pandémie.
- Publié le 01-06-2026 à 06h47
- Mis à jour le 01-06-2026 à 08h31

Avec sa paire de gants, sa pince à long manche et deux sauts de tailles différentes, Mariaa est fin prête. Cette Ukrainienne de 22 ans participe en ce vendredi ensoleillé à une action de nettoyage dans le quartier berlinois de Neukölln. Comme la trentaine d'autres participants, la jeune femme va durant deux grosses heures partir à la recherche de déchets en tout genre, sur les bords d'un canal. Une tâche pas très compliquée car les emballages, bouteilles, canettes, mégots et capsules sont légion. Maria rapportera aussi un vieux téléviseur rouillé, et d'autres participants, quelques seringues usagées trouvées dans des bosquets isolés. "Je trouve Berlin vraiment sale, quel que soit le quartier", déplore la jeune femme. "J'ai visité Copenhague, qui est elle aussi une capitale", ajoute-t-elle.
Mariaa a eu connaissance de cette initiative via le site "BerlinPay". Lancé à la mi-juin par les autorités de la ville, le projet prend exemple sur la capitale danoise, Copenhague, et son projet pilote "CopenPay", lancé en 2024. Le but : inciter habitants et touristes à nettoyer la ville, en échange d'une petite récompense. Dans le cas Berlinois, une quarantaine de partenaires jouent le jeu durant ce mois d'essai. Mariaa repartira ainsi avec un bon pour un tour gratuit en bateau dans Berlin.
Changement de mentalité
Du côté de la mairie, on ne s'attend pas à une différence immédiate en matière de propreté, mais on espère un changement de mentalité sur le long terme, surtout si "BerlinPay" est prolongé tout l'été et renouvelé chaque année, comme à Copenhague. "On dit toujours qu'il faut donner plus d'argent aux services de nettoyage, qu'il faut agrandir les déchetteries, nettoyer davantage les aires de jeux. Mais le problème, ce n'est pas que les services de nettoyage travaillent mal. Dans certains quartiers, ils passent dix fois par semaine ! Le problème, c'est que les gens se comportent mal", constatait récemment la ministre de l'Économie de Berlin, Franziska Giffey. "Nous savons que quatre personnes sur cinq se disent prêtes à s'engager pour leur ville mais qu'une seule passe à l'action. L'enjeu est de leur donner la possibilité d'agir", estime cette élue.
Changer les mentalités, la tâche paraît ardue dans une capitale connue pour son esprit libre, multiculturel et pour un certain laisser-aller. La fameuse ville "pauvre mais sexy", comme l'a qualifiée son maire Klaus Wowereit en 2003, est aussi une des cités les plus sales d'Allemagne, avec ses poubelles débordant en fin de week-end, et ses canapés ou autres frigos, abandonnés dans les rues. Ce problème occupe particulièrement les autorités qui, l'an dernier, ont enregistré un nouveau record de ces décharges illégales.

"Sous-tourisme"
Si le manque de propreté pèse sur l'image de la capitale, difficile toutefois de quantifier les conséquences sur la fréquentation touristique. D'autant que la ville connaît d'autres freins à son développement, au point que l'on parle de "sous-tourisme", tandis que Lisbonne, Barcelone, Majorque ou Venise tentent, elles, de limiter l'afflux de visiteurs. Quatrième capitale la plus visitée d'Europe, après Londres, Paris et Rome, Berlin n'a pas retrouvé les niveaux de fréquentations d'avant la pandémie de Covid-19, notamment auprès des touristes étrangers. Ces derniers ne représentent que 40 % des 12 millions de visiteurs venus l'an dernier.
Une des raisons est la difficulté d'accéder en avion à la capitale. Le nouvel aéroport, ouvert pendant la pandémie, n'a pas réussi à s'imposer auprès des compagnies aériennes nationales qui lui préfèrent les hubs de Munich et Francfort. Il est par ailleurs jugé trop cher par les compagnies low cost qui y ont réduit leur offre. "L'aéroport est une artère vitale pour la ville", rappelle Burkhard Kieker, chargé du tourisme auprès de la ville. "Il accueillait 35 millions de passagers avant la pandémie et n'en accueille plus que 25 millions. Une grande partie du trafic s'est reportée sur le train mais honnêtement, personne ne vient à Berlin en train de Madrid ou de Palerme", constate-t-il.
L'offre culturelle fragilisée
Autre problème, la fragilité de la scène culturelle et surtout musicale berlinoise, mise sous pression par la hausse de l'immobilier. Conséquences, certains clubs et boîtes de nuit ont fermé leurs portes ou sont menacés de le faire. "Ces débats jouent un rôle très négatif pour une ville comme Berlin", reconnaît Sabine Wendt, directrice de l'organisme berlinois de tourisme "VisitBerlin". "Sept visiteurs sur dix viennent en raison de l'offre culturelle. Nous devons absolument tout faire pour conserver cet avantage et notre réputation en la matière, c'est essentiel".
Dans ce contexte, et alors que la guerre en Iran a fait exploser le prix du kérosène, le nombre de visiteurs étrangers, notamment non européens, devrait chuter cette année à Berlin. Une tendance que la baisse de certaines taxes aériennes annoncées pour le 1er juillet, par le gouvernement fédéral, pourrait ne pas inverser. En attendant, Berlin espère que ceux qui viendront, ainsi que les habitants eux-mêmes, ne jettent pas leurs déchets par terre…