En Hongrie, Péter Magyar mène une offensive tous azimuts contre la corruption : "Une opération purgatoire"
Le Premier ministre a lancé une opération "purgatoire" pour faire table rase du régime de Viktor Orbán, qu'il désigne comme la "Cosa Nostra hongroise".
- Publié le 24-06-2026 à 16h16
- Mis à jour le 24-06-2026 à 19h41

"Mes chers compatriotes, que le feu purificateur commence ! Vive la patrie !" A ces mots du Premier ministre, la faction Tisza, qui domine le Parlement aux deux tiers, s'est levée comme un seul homme pour lui faire une ovation. Deux mois après sa victoire sans appel contre Viktor Orbán aux élections législatives en avril, Péter Magyar voulait faire de ce 22 juin une journée historique et un moment charnière du "changement de régime", avec le lancement de son opération "purgatoire".
Dans son discours d'introduction au Parlement, le nouvel homme fort du pays a imprimé son style : sentencieux et tout en grandiloquence face aux députés d'opposition du Fidesz, pris à partie l'un après l'autre. Dans une longue intervention, il a comparé ce moment hongrois aux grandes opérations anticorruption dans l'Italie de la décennie nonante et son action à celle des juges assassinés par la mafia, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. "Aujourd'hui, nous nous engageons sur cette voie et nous commençons à démanteler la Cosa Nostra hongroise. Nous procéderons étape par étape, pierre par pierre, criminel par criminel", a-t-il lancé, sous le regard stupéfait ou pétrifié de ses opposants. "Nous ne permettrons pas aux Hongrois de subir les mêmes troubles que la société italienne à l'époque. Nous libérerons le peuple hongrois de la mafia politique et économique".
Récupération des biens détournés
Pierre angulaire de cette lutte contre la corruption, qui représente selon Péter Magyar de 8 à 10 % du PIB de la Hongrie, une Agence nationale pour le recouvrement et la protection des avoirs de l'État (NVVH). La mise sur pieds de cette agence d'État indépendante et chargée de recouvrer les biens publics détournés, une promesse phare de la campagne électorale de Tisza, nécessitera la modification de quarante-sept lois. Elle a dans sa ligne de mire les caciques du régime déchu et potentiellement des très proches, sinon Viktor Orbán lui-même.
"Cette période a été la plus prospère des cent dernières années de l'histoire de la Hongrie", a rétorqué le chef du groupe parlementaire Fidesz, Gergely Gulyás. "Vous ne combattez pas la mafia, vous instaurez une dictature", a poursuivi celui qui a été longtemps l'ami de Péter Magyar, avant que ce dernier ne rompe avec le Fidesz, il y a deux ans et demi.
Les partisans de Viktor Orbán outrés
Les partisans de Viktor Orbán s'émeuvent des tentatives de destitution du président de la République, Tamás Sulyok, que Magyar accuse d'être "une marionnette". Après plusieurs tentatives ratées, Tisza compte le faire tomber au moyen d'un amendement à la Loi fondamentale. L'organisation de défense des droits civiques Amnesty International, sans contester la légitimité d'une telle destitution, estime toutefois que la méthode retenue par le gouvernement "n'est pas acceptable".
Cet amendement à la loi fondamentale, le dix-septième, prévoit également de limiter à douze années la durée du mandat des députés de l'Assemblée nationale, soit trois mandats. L'annonce de cette mesure, qui s'ajoute à la limitation à trois mandats pour le Premier ministre, mettant hors-jeu l'ancien chef du gouvernement au très long cours (2010-2026) Viktor Orbán, a estomaqué les députés du Fidesz.
Populaire, jusqu'à quand ?
Le même amendement jette aussi les premières bases d'une réforme de la justice, notamment le mode de nomination du président de la Cour constitutionnelle, qui ne sera plus élu par la majorité parlementaire mais par les juges constitutionnels. Leur limite d'âge de 70 ans sera rétablie, permettant un renouvellement et surtout de mettre à la retraite le procureur général Péter Polt. Ce dernier, perçu comme un rouage essentiel de ce que fut l'"orbanisme", pourrait avoir à répondre devant la justice de plusieurs cas litigieux. Parmi eux, l'arrestation illégale du "convoi d'or" ukrainien juste avant les élections.
Les grands travaux ne font que commencer car la majorité Tisza préparera à la rentrée de septembre une vaste réforme constitutionnelle. Péter Magyar a indiqué vouloir impliquer le peuple, mais sans préciser les modalités. Elle sera ratifiée par un référendum qui pourrait prendre la forme d'un plébiscite pour le nouveau pouvoir en place. Si toutefois sa popularité – au zénith – n'est pas entamée durant la période estivale par la remise en question de coups de pouce, comme le plafond du prix des carburants.