Burkina Faso : un régime à bout de souffle après 2 ans au pouvoir
Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traore a pris le pouvoir à Ouagadougou.

- Publié le 30-09-2024 à 20h43

Le 30 septembre est une date cerclée de rouge dans l'histoire récente de la "Patrie des Hommes intègres", la traduction en français de "Burkina Faso", un nom composé de deux mots issus de deux langues importantes du pays (le mooré et le dioula) et déjà imposé par un militaire putschiste, le capitaine Thomas Sankara, le 4 août 1984.
Quarante ans après ce changement de nom, un autre capitaine, Ibrahim Traoré (IB), est à la tête de ce pays. Comme son illustre prédécesseur, il est arrivé au pouvoir après un coup d'État qui a renversé un autre militaire. Les Burkinabés ont dû s'habituer aux sautes d'humeur des hommes en uniforme. En plus de soixante d'indépendance, le pays n'a connu que trois civils aux commandes du pays.
Parti pour rester ?
Depuis le 30 septembre 2022, c'est donc le jeune capitaine Traoré qui a pris les commandes de la junte. Le sous-officier avait promis de ne pas s'éterniser au pouvoir. Vingt-quatre mois plus tard, le ton a changé et les perspectives de vraies élections démocratiques ne sont plus que de lointaines chimères. Le scrutin promis pour juillet 2024 a été rangé dans le tiroir des bonnes intentions jaunies.
Aujourd'hui, IB qui aime s'inscrire dans les pas de Thomas Sankara et multiplier les discours aux accents panafricanistes postcoloniaux, ne convainc plus guère un peuple auquel il a fait miroiter le retour de la paix et la victoire contre les djihadistes.
Depuis des semaines une petite musique entêtante berce les troupes burkinabés qui laisse entendre que le jeune capitaine, malgré l'appui de ses gardes du corps importés de Russie, pourrait connaître le sort de son prédécesseur. Le massacre de Barsalogho, le 24 août dernier, lors duquel plus de 300 civils recrutés, souvent de force, ont été massacrés en quelques minutes par des djihadistes alors qu'ils creusaient une tranchée à l'extérieur de leur village pour éviter ce type d'assaut, est porté au passif d'un pouvoir et, surtout de son chef, incapable de tenir sa promesse d'endiguer les vagues de violence terroriste.
Si le Burkina Faso d'IB tente de se protéger en poussant notamment à l'intégration au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) dans laquelle il se retrouve au côté des immenses Mali et Niger, la Patrie des Hommes intègres s'est parallèlement brouillée avec un autre voisin, la Côte d'Ivoire. Depuis des mois, Abidjan demande des comptes à Ouagadougou sur des camps d'entraînement militaires d'opposants au régime d'Alassane Ouattara, le président ivoirien, situés non loin de la deuxième ville du pays Bobo-Dioulasso. Les Burkinabés jouent la sourde oreille, ce qui crée des tensions avec leur voisin du sud avec lequel ils partagent une frontière, longue et poreuse, de 584 kilomètres. En guise de réponse aux appels ivoiriens, la junte burkinabé accuse son voisin de chercher à la déstabiliser sans apporter la moindre preuve. Le Burkina ouvre ainsi un nouveau front alors qu'il est incapable de faire face aux ennemis qui se trouvent déjà sur son territoire. Après deux ans de pouvoir, la junte dirigée par IB semble décidément s'aventurer dans une fuite en avant suicidaire.