Chez Nous reste au fond du trou : les raisons du nouvel échec électoral de l'extrême droite en Wallonie
Seule formation à occuper cette partie de l'axe gauche-droite au sud du pays, Chez Nous n'a pas obtenu de député, le 9 juin. Benjamin Biard, politologue au Crisp, analyse les facteurs explicatifs de cette défaite. La bonne santé du MR a notamment pu réduire le potentiel de Chez Nous.

- Publié le 17-06-2024 à 12h54

Le 9 juin, le jeune parti Chez Nous n'a obtenu aucun siège. Pourtant, cette formation présidée par Jérôme Munier a bénéficié d'un alignement des astres. Entre autres, le Rassemblement national (RN) français de Jordan Bardella et Marine Le Pen avait officiellement adoubé en 2021 son petit frère belge lors d'une conférence de presse à Petit-Enghien. Et, afin de ne pas faire de l'ombre à son alter ego au sud du pays, à l'inverse du scrutin de 2019, le Vlaams Belang n'avait pas aligné de listes en Wallonie pour les élections fédérales.
Malgré ces parrainages, pour l'ensemble des résultats à la Chambre, Chez Nous n'obtient que 0,92 % des voix. Et au parlement wallon, le petit parti n'a obtenu que 2,83 %. Quelles sont les raisons de cette claque ? Pour le politologue Benjamin Biard (Crisp), spécialiste de l'extrême droite, trois raisons émergent. "Premier facteur : la mobilisation très intense de la société civile face à l'extrême droite, notamment des fronts antifascistes qui ont voulu ne laisser aucun espace au parti Chez Nous jusque dans les derniers moments de la campagne ; et même après les élections."
La deuxième raison expliquant l'échec de Chez Nous a souvent été évoquée dans nos colonnes : l'existence d'un "cordon sanitaire médiatique", c'est-à-dire cette discipline que les médias francophones s'imposent dans le but de ne pas donner la parole aux extrêmes sans filtre ni contextualisation. "Ce cordon sanitaire n'est pas absolu, nuance Benjamin Biard, en raison de l'existence des réseaux sociaux dans lesquels a investi massivement le parti Chez Nous – plus de 32 000 euros. Mais la visibilité de l'extrême droite est tout de même réduite par ce mécanisme. Et le cordon sanitaire médiatique entretient l'idée du 'diable en politique', comme je le dis souvent."
La concurrence du MR ?
Dernière explication à l'échec de Chez Nous : l'exceptionnelle performance du MR, boosté par un "effet Bouchez". "Le MR s'est affirmé sur son flanc conservateur et un grand nombre de personnes ayant voté pour le Parti populaire et les Listes Destexhe en 2019 se seraient dirigées vers le MR, le 9 juin. Un électorat plus radical aurait voté libéral." Dans la même logique, la présence de listes N-VA en Wallonie (au niveau fédéral) a pu avoir un impact sur le score de Chez Nous.
Des déboires, en toute fin de campagne, ont pu influencer à la marge les résultats de Chez Nous. Le parti wallon a perdu le soutien du Rassemblement National pour avoir utilisé abusivement le nom et l'image de Marine Le Pen dans certains tracts électoraux. Fin mai, la justice a donné raison à la fille de Jean-Marie Le Pen. Malgré le soutien initial du RN à Chez Nous, l'ancienne candidate aux présidentielles en France demandait que son image ne soit plus utilisée dans la campagne en Belgique sous peine de lourdes amendes.

Cap sur les élections locales
Chez Nous pourra-t-il survivre à ces vents contraires ? "Pour l'instant, il semble qu'il n'y ait pas eu de défection marquée au sein du parti, analyse Benjamin Biard. Le parti s'intéresse à ses résultats obtenus dans certains cantons : à Couvin, à Mouscron, Bassenge, Grâce-Hollogne, les scores ne sont pas négligeables. Dans certains cas, ils étaient au-dessus de 5 %. Cela renforce la mobilisation et Chez Nous a déjà engagé la dynamique de campagne pour les élections locales d'octobre. On le voit déjà sur les réseaux sociaux."
Chez Nous a déjà engagé la dynamique de campagne pour les élections locales d'octobre. On le voit déjà sur les réseaux sociaux."
Bien entendu, pour Chez Nous, l'enjeu local n'est pas aussi important que celui des récentes élections fédérales et régionales. "Le parti dispose déjà d'élus locaux. D'autres personnes réussiront peut-être à se faire réélire en octobre mais cela ne voudra pas dire que l'extrême droite reprend sa place pour autant. L'extrême droite reste marginale en Wallonie malgré les atouts dont elle a bénéficié durant cette campagne. La Wallonie est d'ailleurs qualifiée de 'village gaulois' pour son exceptionnalisme dans un paysage européen où l'extrême droite a une place importante."
La Wallonie est qualifiée de 'village gaulois' pour son exceptionnalisme dans un paysage européen où l'extrême droite a une place importante."
Une question de financement ?
Enfin, Benjamin Biard soulève une interrogation portant sur le "nerf de la guerre" : l'argent… "Il faudra voir si Chez Nous, compte tenu des résultats du 9 juin, continuera à bénéficier de dons privés. C'est un point d'attention. D'autant plus que les communales ne permettront pas au parti de gagner réellement en professionnalisation ni de prétendre à la dotation publique qu'il aurait pu avoir s'il avait pu faire élire des députés."
