Le palmarès idéal de la Mostra de Venise: le Lion d'or à Jane Campion
La 78e Mostra de Venise a clôturé sa Compétition vendredi soir avec Un autre monde de Stéphane Brizé. Au total, les festivaliers et le jury du cinéaste coréen Bong Joon-ho (Palme d'or pour Parasite en 2019) ont découvert 21 longs métrages. Après avoir commencé sur des chapeaux de roue en début de festival, la Compétition a perdu en force en seconde semaine, mais les jurés (dont l'actrice belgo-française Virginie Efira) ont de quoi composer un beau palmarès ce samedi soir. En voici une version idéale totalement subjective.
- Publié le 11-09-2021 à 09h02
- Mis à jour le 11-09-2021 à 09h03

Lion d'or à "The Power of the Dog"
Si l'on en croit les discussions sur le Lido, le Lion d'or ne devrait pas échapper à Jane Campion. Présenté en début de festival, The Power of the Dog, le premier film de la Néo-Zélandaise depuis neuf ans, est une oeuvre passionnante et perverse qui, dans le cadre d'un western tardif, aborde des questions très actuelles, comme le genre ou la masculinité nocive… Porté par un grand Benedict Cumberbatch, le film permettrait qui plus est de récompenser une réalisatrice, après Chloé Zhao pour Nomadland l'année dernière.

Déjà récipiendaire du Lion d'or pour Les Amants de Caracas, son premier film en 2015, le Vénézuélien Lorenzo Vigas a impressionné avec La caja, étude des relations père-fils dans le contexte des disparitions qui frappent le nord du Mexique. Il ferait un excellent grand prix du jury.

Pour la mise en scène , Michelangelo Frammartino serait un excellent choix. Dans Il buco , l'Italien réalise un travail exceptionnel pour raconter l'exploration du gouffre de Bifurto, en Calabre, par une équipe de spéléologues piémontais dans les années 1960 sans dialogue, sans narration classique, mais en parvenant sans cesse à faire résonner la nature humaine et le grand tout de la nature. Un tour de force!

Toni Servillo impérial
Présent dans deux films, Toni Servillo a montré un autre visage cette année sur le Lido, celui d'un grand acteur comique. Que ce soit dans la peau du grand dramaturge et comédien napolitain Eduardo Scarpetta dans Qui rido io de Mario Martone ou en père de famille dans la Naples des années 1980 dans È stata la mano di Dio de son complice Paolo Sorrentino. Le prix d' interprétation masculine semble logique.

Pour la Coupe Volpi de la meilleure actrice , elle aussi à l'affiche de deux films, Penelope Cruz a ému en ouverture dans Madres paralelas de Pedro Almodovar et a fait hurler de rire, menant Antonio Banderas et Oscar Martinez à la baguette dans Competencia oficial des Argentins Mariano Cohn et Gastón Duprat, qui ont ensoleillé la Compétition avec cette irrésistible comédie cinéphile.

Un jeune espoir féminin français
Quant au Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir , il permettrait de révéler le talent de la jeune comédienne franco-roumaine Anamaria Vartolomei , de tous les plans de L'événement , excellente adaptation du roman homonyme d'Annie Ernaux signée Audrey Diwan. Cette évocation du parcours de combattante pour avorter dans la France des années 1960 est par ailleurs parfaitement représentative d'un thème omniprésent cette année à la Mostra: celui de l'émancipation féminine, abordé de façon plus forte que dans Spencer de Pablo Larraín (avec Kirsten Stewart en Lady Di), The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal ou Mona Lisa and the Blood Moon d'Ana Lily Amirpour.

Enfin, le prix du scénario pourrait récompenser les frères D'Innocenzo qui, avec l'insaisissable America Latina , ont provoqué le trouble, en nous plongeant de façon très dérangeante dans la tête d'un père de famille torturé campé par l'excellent Elio Germano.
